De l’intérêt architectural du Musée-Aquarium d’Arcachon

Posté par admin le 16 11 2009
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Avant de nous interroger sur l’intérêt architectural du Musée-Aquarium d’Arcachon prenons le temps de passer en revue les différentes étapes de sa construction.

Il a donc été édifié en 1866, à l’occasion de la tenue de l’Exposition internationale de pêche et d’aquiculture d’Arcachon, sur ce qui s’appelait alors l’Esplanade d’Eyrac et qui était en fait une dépendance du Domaine Public Maritime (D.P.M.) occupé par les Ponts-&-Chaussées Maritimes. Il avait été précisé (arrêté du 17/03/1866) : « Toutes les constructions élevées pour le service de l’Exposition devront être enlevées et les lieux rétablis en leur état primitif. »
Or, dès 1867 (arrêté du 25/02/1867) la Société Scientifique d’Arcachon est autorisée à : « conserver provisoirement sur l’Esplanade du débarcadère d’Eyrac bordant le Bassin d’Arcachon, l’Aquarium et une partie du bâtiment de l’Exposition de 1866 qui a eu lieu dans la ville d’Arcachon. »
On peut remarquer que toutes ces occupations et les suivantes furent facilitées par le conducteur des Ponts-&-Chaussées, Julien Dmokowski qui était membre fondateur de la Société Scientifique (membre fondateur n° 3).

Le 14 juillet 1867, le Musée-Aquarium ouvre officiellement au public. A cette époque il est déjà mentionné la présence d’une bibliothèque, de bureaux, d’un logement pour le Directeur (à l’Est) et d’un logement (à l’Ouest) pour un employé et d’un laboratoire marin mis à la disposition des scientifiques. C’est le premier laboratoire de Biologie Marine d’Europe créé sur initiative privée. Seul celui de Concarneau lui est antérieur, fondé par Victor Coste, mais il dépend du Collège de France.

L’aquarium est alors alimenté par une pompe et l’eau de mer est stockée dans un réservoir en bois doublé de plomb et situé en partie Nord du Musée.
Toutes les constructions sont en bois, D.P.M. oblige, doublé de cloisons en briques à chant.

En 1880, la Société décide de s’agrandir sur la façade Nord, où les Ponts-&Chaussées entreposent les bouées de balisage des passes, et d’y construire un véritable « laboratoire marin voisin des Facultés de Bordeaux. » Les plans sont établis en 1882 par l’architecte Fernand Pujibet. Ils prévoient la construction, cette fois en dur, d’un bâtiment de 30 mètres de long, comprenant une partie centrale à étages flanquée de deux bas-côtés.
En janvier 1884, seule la construction du bas-côté occidental est retenue. Elle est réalisée par l’entreprise Busquet et comprend quatre laboratoires et une chambre à l’étage.

Il faudra attendre 1902, pour que la partie orientale de ce bâtiment et le 1er étage central soient réalisés sous la direction de l’architecte Marcel Ormières. Ils comprennent quatre nouveaux laboratoires. « Le Ministère des Travaux Publics et des Ponts-&-Chaussées ont donné l’autorisation de bâtir en pierre les nouveaux édifices. »
Robert Weill, enfin, fera surélever d’un étage, en 1952, cette façade Nord.
Cette construction constitue ce qu’on a l’habitude d’appeler la Station Marine et ne fait pas partie de notre préoccupation.
(Cf. Une photo aérienne de 1968 )

Le Musée-Aquarium en 1968

Le Musée-Aquarium en 1968

En 1867,  la Société Scientifique avait créé la Station Zoologique d’Arcachon qui allait publier les « Travaux des Laboratoires » à partir de 1895. En 1902, cette station Zoologique deviendra la Station Biologique. Une première convention était passée avec l’Université de Bordeaux (Facultés de Médecine et de Sciences) en 1898 qui précisait que la Société Scientifique d’Arcachon mettait un local à la disposition de l’Université et que les laboratoires de la Station Zoologique étaient rattachés à l’Université.

La Société Scientifique sera reconnue d’utilité publique, le 10 janvier 1924. Elle l’est toujours, ce qui en toute logique devrait la mettre à l’abri d’un coup de force de la Mairie qui pourrait avoir la tentation de recourir à une DUP (déclaration d’utilité publique) pour démolir notre Musée-Aquarium en vue de le remplacer par quelque aménagement au vague caractère d’intérêt public. Il est toujours bon d’avoir en mémoire l’article 545 du Code Civil qui dit que « nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité ».
En 1928-29, le terrain occupé par les différents bâtiments de la Société Scientifique, et donc par son Musée-Aquarium, est attribué au Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts afin d’y maintenir la Station Biologique entretenue par la dite Société Scientifique.
C’est donc une des particularités de cette affaire : notre Musée-Aquarium occupe au-jourd’hui le terrain d’autrui.
Les conventions passées par la suite avec l’Université, en 1948 et en 1971, reconnaîtront toujours le droit à la Société Scientifique de gérer pour son compte l’Aquarium et le Musée en contrepartie de quoi, celle-ci s’engageait à aider au fonctionnement des laboratoires marins de l’Université.

Dès après la signature de la convention de 1948, Robert Weill, directeur de la Station Biologique transformera profondément cette dernière tout en respectant scrupuleusement les intérêts propres de la Société Scientifique. Laquelle était alors présidée par le Docteur Georges Fleury. Les deux hommes s’entendaient fort bien, poursuivant un but commun : le développement et la consolidation de la renommée de cette station Biologique.
Robert Weill récupérera à nouveau un terrain des Ponts-&-Chaussées pour y faire construire en 1962 le bâtiment Sud. Celui-ci sera doté d’un 1er étage en 1982 pour obtenir l’état actuel.

La société scientifique vers 1890

La société scientifique vers 1890

La façade sur le bassin

La façade sur le bassin

En 1981, le bâtiment mitoyen affecté depuis toujours à l’Aviron arcachonnais sera rattaché à la Station pour être aménagé en laboratoire de neurobiologie. Enfin, en 2002, la dernière parcelle occupée par les Ponts-&-Chaussées, bordant le Boulevard de la Plage sera acquise par le Ministère de l’Éducation pour permettre un nouvel agrandissement de la Station.

Quant à l’aquarium, objet de toutes nos préoccupations, il a connu au milieu des années 1930, un besoin pressant de travaux de réfection intérieure. Les bacs accusaient leur âge et demandaient à être changés. Ces travaux seront l’occasion d’un réaménagement sur les plans de Marcel Ormières qui choisira de lui donner ce caractère de grotte profonde qu’il a aujourd’hui encore et qui seront réalisés par l’entreprise Longau.
L’extérieur, par contre ne sera en rien modifié puisqu’il est aujourd’hui globalement dans l’état d’origine.
Sa réouverture fera l’objet d’une inauguration officielle, le 7 juillet 1935.

En 1968, compte tenu à nouveau des problèmes d’étanchéité récurrents rencontrés, tous les bacs seront refaits et quelques nouveaux ajoutés.
Depuis lors, notre Musée-Aquarium n’a plus subi de modifications.

Dans l’inconscient collectif la notion de monument historique est étroitement liée à une notion d’esthétique. Les premiers monuments historiques qui viennent à l’esprit sont le château de Versailles ou l’abbaye du Mont Saint-Michel.
Et ils sont magnifiques.
Pourtant ce n’est pas cela qui les rend historiques.
Le site du camp du Struthof, en Alsace, est aussi classé monument historique, ses constructions sont là aussi pour l’essentiel en bois, mais leur plastique fait froid dans le dos.

Mais sans doute que la qualité de l’architecture et la beauté de nos grands monuments historiques ne sont pas toujours étrangères à leur conservation. Quand Prosper Mérimée commence à s’intéresser aux monuments historiques, il est naturel qu’il débute, sinon par les plus prestigieux, par les plus splendides.
Notre Musée n’est pas un parangon d’élégance.
Soit, mais quand même.
Il n’est pas dénué d’un certain charme.
On nous a dit : « S’il était dans l’état où le montre les vieilles cartes postales que vous proposez sur votre site, bien sûr qu’on le défendrait avec vous. »
En vérité, il n’est pas très loin de cet état puisque nous avons la chance qu’il soit resté dans son « jus ».
Il suffira de lui rendre ses lambrequins, ses volets et son péristyle surmonté de son balcon pour qu’il retrouve sans difficulté aucune et sans beaucoup de frais son caractère coquet d’autrefois.

Dans notre demande de protection au titre des monuments historiques, nous avons écrit qu’il était quelque part le pendant, en ville d’été, de la villa Toledo de la Ville d’Hiver. Et quand nous l’avons écrit, nous n’avions pas lu la remarquable étude réalisée par Michel Boyé, président de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, étude dont vous trouverez le texte in extenso sur ce site.
Et dans cette étude, nous apprenons qu’avant de trouver son bâtiment définitif, le Musée de la Société Scientifique d’Arcachon aurait été un temps domicilié dans le gymnase Bertini. Lequel gymnase est devenu par la suite la villa Toledo.
Vous nous permettrez d’analyser cette bien curieuse coïncidence comme un signe encourageant pour l’avenir de notre Musée-Aquarium.
Parce qu’en effet, qui pourrait souhaiter aujourd’hui la démolition de cette superbe maison ?

La Villa Toledo

La Villa Toledo

L'escalier

L’escalier

Sur la qualité architecturale de notre Musée-Aquarium, il sera toujours difficile d’être impartial. Des goûts et des couleurs, on ne discute pas.
Mais nous pouvons vous proposez un test qui vous permettra de vous faire votre propre opinion. Il suffit de se rendre rue du Professeur-Jolyet et de se placer sur le trottoir, le dos contre le portail qui ouvre sur le jardin du Musée-Aquarium. Vous avez alors en face de vous le côté Ouest de cette rue du Professeur-Jolyet que vous pouvez pratiquement embrasser d’un seul coup d’œil. Et ce que vous allez voir va vous persuader immédiatement de la nécessité absolue qu’il y a de préserver le Musée-Aquarium  et son architecture sympathique ne serait-ce que pour éviter au côté de la rue sur lequel vous êtes placé d’être victime, à son tour, de pareille punition.

Jean-Pierre Ardoin Saint Amand

16Nov

2 commentaires pour “De l’intérêt architectural du Musée-Aquarium d’Arcachon”

  1. Marion B. dit :

    Les extensions de l’après-guerre et des années 60 (époques maudites pour l’architecture, avec mépris total du patrimoine existant et de l’intégration harmonieuse) ont hélas encerclé le bâtiment en bois et donc perturbé le regard des visiteurs.
    La défense du musée-aquarium pourrait s’accompagner d’un projet de revalorisation esthétique de ces façades-là, pour un coût modique : trompe l’oeil avec évocation du bâtiment nord ou du musée historique, végétation…
    Bonne chance pour la suite…

  2. […] en savoir + sur l’intérêt architectural du musée-aquarium […]

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