Quand la fin justifie les moyens

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L’Avenir d’Arcachon dans sa livraison du 10 janvier 1897, informait ses lecteurs, avec quelque peu de retard, d’une très importante assemblée générale extraordinaire de la Société Scientifique de cette ville, qui s’était tenue le 9 août de l’année précédente :

SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE

La Société Scientifique d’Arcachon, a tenu le 9 août 1896, une séance générale extraordinaire, dont le procès-verbal contient un remarquable rapport de M. J. Saby, qui établit la situation à ce jour des comptes Obligations et Intérêts de cette société, et propose les mesures à prendre pour assurer son avenir.

Par quelques extraits de ce rapport, il nous paraît utile de porter à la connaissance du public, les efforts faits par une Société si méritante, et si digne d’attirer l’attention de ceux qui portent intérêt à la vitalité de notre station, à la prospérité de notre ville.

En 1866 la Société naissante avait entrepris l’organisation d’une Exposition internationale de Pêche et d’Aquiculture, dont les bénéfices devaient être employés à la création d’un Musée et d’un Aquarium définitifs.

Les prévisions ne se réalisèrent pas, et l’Exposition se solda par un déficit de 10.000 fr. Pour combler ce déficit, pour sauvegarder d’une disparition fatale le Musée et l’Aquarium créés, la Société décida, dans sa séance du 3 février 1867, de contracter un emprunt, non encore liquidé aujourd’hui.

En 1867, il avait été émis 150 obligations à 300 fr. l’une, sur lesquelles 17 sont éteintes par prescription, et 10 ont été généreusement abandonnées par les porteurs, savoir : MM. Paul Bert, Durègne, docteur Hameau, André Hameau, Léon Lesca, A. Lesca fils, Lespinasse, Méran père, Peyrelongue, de Volontat. Soit 27 à défalquer de 150, reste 123 obligations, qui remboursées au pair, eussent nécessité un débours de 36.900 fr. ; qui est loin d’exister en caisse. Sur ces 123 obligations, la Société décida de rembourser au pair et sans intérêts, 30 obligations d’origine, suivant annuités de 1.500 fr. jusqu’en l’an 1900 ; et les 93 autres obligations, à raison de100 fr. l’une, suivant même annuité de 1.500 fr., de 1901 a 1905.

Ce sacrifice, consenti sur le remboursement au tiers, de la valeur d’émission des obligations ; et sur l’annulation des coupons à dater de 1896, est très régulièrement et de droit imposé aux porteurs de titres, par la décision d’un comité, souverain en l’espèce, puisque la Société l’a toujours tenu pour conseil d’administration ayant pleins pouvoirs.

Il fait aussi le plus grand honneur à la générosité de M. Léon Lesca, principal actionnaire ; de telle sorte, comme l’a dit le président, qu’à l’origine de la Société ainsi qu’à l’heure actuelle, l’intervention de M. Léon Lesca aura été l’une des causes, de la vitalité de la Société scientifique.

Il est aussi rendu hommage à la libéralité de M. le docteur Lalesque, qui a fait à la Société un don de mille francs, à titre de bienvenue à la présidence.

Mais de tout ce qui précède, il résulte que les charges de la Société sont fort lourdes.

Or, quelles sont ses ressources ?

Les seules ressources de la Société, sont les cotisations des membres, les entrées au Musée et à l’Aquarium, la vente d’animaux aux Facultés, et les subventions accordées par l’Etat, par le Département, par la Ville, et par les Sociétés scientifiques.

Ces revenus qui sont très incertains et très variables, ont toujours été insuffisants : le produit des entrées, sur lequel dans le début, on avait surtout compté, puisqu’on avait espéré atteindre le chiffre de 13.000 fr. par an, va toujours en diminuant, atteignant, dans ces dernières années à peine le chiffre de 1.500 à 1.700 fr. ; alors que les dépenses nécessitées par le développement de la Société Scientifique, vont au contraire, toujours eu augmentant.

Et cependant, il serait bien à désirer que cette œuvre importante, toute scientifique et de patriotisme local, qui n’a été réalisée que par le courage de l’initiative privée, put être sauvegardée dans le présent, continuée pour l’avenir de notre jeune et vaillante cité.

C’est un vrai miracle que la Société soit parvenue à se former : ce n’est qu’avec de très grandes difficultés, à force de sagesse et d’économies, qu’elle est arrivée à se maintenir jusqu’à ce jour, et grâce surtout au dévouement et au zèle incomparables de ses fondateurs, parmi lesquels nous citerons volontiers M. le docteur Hameau.

Cependant, il est bien difficile de se défendre de la crainte qu’on éprouve à chaque instant de se trouver sans ressources.

Que les diverses subventions qui lui sont accordées tous les ans viennent à être refusées, et c’en est fait de la Société, elle ne pourrait plus vivre et elle serait dans l’obligation de liquider.

Cette Société a trente-deux ans d’existence, c’est un âge respectable pour une œuvre d’initiative toute privée, et dont elle peut être fière ; elle a rendu de grands services, mais elle se trouve dans le plus grand embarras, elle est sans ressources, sans réserves, et elle sait qu’elle ne peut réaliser aucune économie pour payer sa dette.

La dissolution de la Société, moyen extrême, contre lequel ont heureusement réagi au sein du comité, la générosité des uns et la persévérance des autres à croire en leur œuvre ; cette dissolution, eut réduit à néant les efforts de trente deux années de luttes et de sacrifices, faisant à jamais disparaître ces laboratoires marins qu’ont illustrés les travaux des Paul Bert, des Milne-Edwards, des Fischer, des Viallanes pour ne parler que de ceux aujourd’hui disparus.

Et pourtant ces collections du Musée, de la Bibliothèque ; ces bâtiments construits sur des terrains appartenant aux Ponts-et-Chaussées, en vertu d’une autorisation gracieuse ; indiquent bien l’importance de l’œuvre, son but éminemment scientifique.

Est-ce donc une loi fatale, pour tous les enfants de la Science, de la Littérature ou de l’Art, de se voir éternellement entravés par les détails de l’existence matérielle, et sans jamais pouvoir prendre leur essor, de se sentir les ailes brisées, par les journalières exigences du droit à la vie ?

Nous ne voulons pas nous arrêter à d’aussi désolantes hypothèses.

Le progrès constant et vivace de notre jeune cité ; les riches familles qui viennent demander à notre climat incomparable la guérison de leurs maux et la reviviscence ; l’inépuisable et patriotique générosité qui vibre aux cœurs de tous les arcachonnais ; nous assurent que cette œuvre ne saurait périr ; et que dans un avenir prochain, grâce au concours de tous, auxquels nous ne cesseront de faire appel, des jours plus heureux vont luire, pour la Société scientifique d’Arcachon.

La situation était grave, mais pas désespérée.

Tout comme aujourd’hui.

Suite à cette séance générale extraordinaire, cela avait dû phosphorer dur au sein du Conseil d’Administration de la dite Société Scientifique.

Jusqu’à ce que l’un des membres s’avise tout à coup que Brigitte Bardot n’était pas encore née.

Dès lors, il y avait une solution particulièrement lucrative et facile à mettre en place. On avait tout ce qu’il fallait sous la main.

Mais il fallait faire vite.

C’est L’Avenir d’Arcachon du 6 septembre suivant qui nous en explique les grandes lignes :

Combats de pieuvres et de homards

Combats de pieuvres et de homards

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