Sur Paul Lacoin et quelques uns de ses apparentés…

Posté par admin le 24 12 2009
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Nous avons déjà vu ce que notre Musée-Aquarium devait à Xavier Mouls, le premier curé d’Arcachon.

Un autre grand responsable de sa construction a été Paul Lacoin qui a dirigé l‘Exposition internationale de pêche et d’aquiculture d’Arcachon ayant nécessité l’édification de ce Musée-Aquarium.

Il nous faut donc s’intéresser à lui.

La première partie de l’étude, Une institution respectable, la Société Scientifique d’Arcachon, liste les vingt-deux membres fondateurs ayant participé à la création de cette institution. Les deux derniers, le numéro 21, Élisa Lévêque de Vilmorin née Bailly et le numéro 22, Henry Lévêque de Vilmorin, sont les deux seuls à ne pas bénéficier du moindre commentaire de présentation.

Une mère et son fils.

Peut-être sont-ils punis pour être arrivés les derniers ?

Pourtant ce ne sont pas les moins surprenants.

En 1842, Pierre, Louis, François, Lévêque de Vilmorin, en abrégé, Louis de Vilmorin, s’était marié, avec Elisa Bailly, de dix ans plus jeune que lui (elle n’avait pas 17 ans, le jour de son mariage) à laquelle il avait fait quatre enfants.

Elle était la fille d’Étienne Bailly, maire et conseiller général de Château-Renard, dans le Loiret, – mais elle avait préféré se marier à Paris, plus chic – et la petite-fille de Philippe-Xavier Leschevin dit Leschevin de Précourt, obscur littérateur[1].

Il était le petit-fils de Philippe Victoire de Vilmorin, lequel, en épousant Adélaïde Andrieux, avait embrassé le métier de son beau-père, Pierre Andrieux, botaniste et fleuriste de Louis XV. Avec son épouse, Philippe Victoire de Vilmorin avait créé la maison Vilmorin-Andrieux, qui allait devenir Vilmorin-Andrieux et Cie.

Rapport de Paul Lacoin destiné à l’Empereur François-Joseph. (Recto) (Collection particulière)

Rapport de Paul Lacoin destiné à l’Empereur François-Joseph. (Recto) (Collection particulière)

Louis de Vilmorin avait travaillé dans l’entreprise familiale où il était un spécialiste en biologie et en chimie. De nature maladive et atteint de cruelles infirmités, il était mort prématurément, le 22 mars 1860, à l’âge de 43 ans, en laissant une jeune veuve de 34 ans qui souffrait des bronches. Le médecin de celle-ci lui avait alors conseillé un long séjour réparateur à Arcachon où elle était venue s’installer, très certainement, avec ses enfants.

L’aîné, Henry, âgé de 20 ans, adhérait donc avec sa mère à la Société Scientifique d’Arcachon, en 1863, au moment de sa création.

La seconde, Marguerite, épousait le 15 février de la même année à Saint-Pandelon, un petit village landais au Sud de Dax, Paul Lacoin. Celui-ci appartenait à une famille autrefois installée à Bayonne où son grand-père avait été armateur et fabriquant de cordages. Son père, Lucien-Salvat Lacoin, était monté à Paris où il s’était installé avocat. Paul Lacoin était le second d’une fratrie de quatre composée de trois garçons et d’une fille. Félix, son frère aîné, était avocat, comme son père. Son autre frère, Léon, était magistrat et sera maire de Saint-Pandelon de 1886 à 1917.

Lui-même avait fait des études d’agronomie et était sorti ingénieur de la prestigieuse école d’Agronomie de Grignon. C’est sans doute ce qui l’avait fait rencontrer Marguerite de Vilmorin, issue d’une famille qui faisait déjà la pluie et le beau temps dans l’agronomie française.

Il rentrait de Londres où il avait appartenu, l’année précédente, à la Commission Impériale déléguée à l’exposition universelle qui s’était tenue dans la capitale anglaise. Commission dans laquelle il était inspecteur chargé plus particulièrement des problèmes liés à l’agriculture.

Le jeune ménage rejoignait alors Élisa de Vilmorin, à la santé fragile, qui semblait s’ennuyer à  Arcachon.

Paul Lacoin, que son mariage avait fait « propriétaire agriculteur », publiait, en 1864, une première plaquette intitulée, Arcachon et l’Inscription maritime. Nous pouvons légitimement penser qu’il avait alors adhéré à la Société Scientifique, parrainé par sa belle-mère, membre de la première heure.

Parce que le 27 août 1865, il était désigné par son assemblée générale comme directeur de l’exposition internationale de pêche et d’aquiculture que celle-ci projetait d’organiser l’année suivante.

Sans doute avait-il était choisi, bien qu’il n’eût pas encore 25 ans, pour sa compétence et son expérience tirée de l’exposition de Londres, mais il est probable aussi que l’influence de sa belle-mère au sein de cette Société ait été directement proportionnelle à l’important niveau de sa fortune[2]. (Elle avait déjà été, par ailleurs et peut-être pour la même raison, la première femme jamais membre de la Société Botanique de France.)

Rapport de Paul Lacoin destiné à l’Empereur François-Joseph. (Verso) (Collection particulière)

Rapport de Paul Lacoin destiné à l’Empereur François-Joseph. (Verso) (Collection particulière)

A l’issue de cette exposition fort réussie, il aura la difficile tâche de rédiger un rapport que Napoléon III avait demandé, à Biarritz le 7 octobre 1866, lors de l’audience qu’il avait accordée à quelques représentants de la Commission générale organisatrice : Rapport à l’Empereur, sur l’Exposition internationale de pêche et d’aquiculture d’Arcachon, Panckoucke et Cie, Paris-1867.

Un rapport[3] qui se contente essentiellement d’expliquer que le monopole de la pêche accordé aux inscrits maritimes, en contrepartie de l’obligation qu’ils avaient de servir la flotte militaire, était la cause première du peu de productivité de la pêche française.

« Parce qu’il fait des gens de mer une corporation fermée qui se recrute de père en fils, mais où n’entrent pas, et d’où se hâtent de sortir s’ils parviennent à s’y développer, les hommes qui pourraient être le centre d’associations. »

Une position déjà défendue, en 1861, par le curé Mouls en épilogue de sa plaquette sur les huîtres.

Toutefois, tout ce qui comptait alors dans le monde était bien sûr destinataire d’un exemplaire  de ce rapport d’une exposition aussi importante. A commencer par l’Empereur François-Joseph d’Autriche, le mari de Sissi[4]. Paul Lacoin avait envoyé l’exemplaire qu’il lui destinait par l’intermédiaire de son ambassadeur à Paris, le propre fils de Metternich, Richard Klemens prince de Metternich-Winneburg.

La fin de l’exposition, le 31 octobre 1866, sonnait le signal du départ d’Arcachon pour la famille de Vilmorin. Élisa se devait de reprendre la direction de la maison de commerce, aidée en cela par son fils Henry à qui elle entendait transmettre le flambeau. Mais le 3 août 1868, elle s’éteignait à Verrières-le-Buisson, fief historique de la famille.

« Femme dont le tendre dévouement a soutenu son mari, aidé même dans ses travaux et a su verser sur ses souffrances le baume des plus douces consolations.

A laissé dans l’histoire de sa famille, une trace lumineuse, souvenir d’une rare distinction et d’une grande charité[5]. »

Henry Lévêque de Vilmorin

Henry Lévêque de Vilmorin (6)

Son fils Henry  (1843 -1899) assumait alors la responsabilité de l’entreprise Vilmorin-Andrieux & Cie.

« Agronome et chercheur infatigable, il s’est rendu célèbre en inaugurant, à partir de 1873, l’amélioration des Blés par la méthode des croisements raisonnés qui ont donné la magnifique série des blés hybrides à grand rendement dont l’emploi a eu une répercussion si heureuse sur la culture du blé en France. […]

Il continua les travaux de son père sur la pomme de terre et publia la seconde édition du catalogue méthodique et synonymique des variétés. […]

Il fut le premier Vice-Président de la Société Nationale d’Horticulture de France.

Parlant la plupart des langues européennes, il voyagea en Angleterre, en Italie, en Russie, aux États-Unis etc…

Membre du Jury de toutes les réunions agricoles et horticoles internationales.

A l’étranger, il ne représentait pas seulement la maison Vilmorin, mais la France et la science dans ce qu’elles ont de meilleur. […]

Il s’occupa également d’œuvres sociales avec le Comte Albert de Mun. Une étude qu’il publia sur l’arrêt du travail du Dimanche dans les fabriques de sucre (1879) montre assez toute l’importance qu’il attachait au bien-être matériel et moral de l’ouvrier.[7] »

Il épousait, en mars 1869, Louise Darblay dont il allait avoir sept enfants.

L’aînée, Élisabeth, née en 1870, se mariait en septembre 1896 avec Marc d’Estienne d’Orves. A leur tour, ils avaient 5 enfants, dont le second, Honoré d’Estienne d’Orves, est entré dans l’histoire, polytechnicien, héros de la Seconde Guerre Mondiale, martyr de la Résistance.

Le second, Philippe de Vilmorin, né en 1872,  deviendra chef, dès la fin 1899, de la maison Vilmorin-Andrieux & Cie. Il fera six enfants à son épouse dont l’aînée se fera connaître sous le nom de Comtesse Mapie de Toulouse Lautrec et la seconde ne sera autre que la non moins célèbre, Louise de Vilmorin.

Henry de Vilmorin mourait à 56 ans, le 23 août 1899, à Verrières-le-Buisson, dont il était le maire depuis 15 ans après être entré au conseil municipal dès 1871. Son fils aîné le remplacera, un temps, à la mairie de Verrières-le-Buisson.

Si le climat arcachonnais n’avait pas été vraiment favorable à la santé défaillante d’Élisa de Vilmorin, il allait se montrer beaucoup plus propice à la fécondité du jeune couple Lacoin.

Et ainsi naissait à Arcachon, le 9 février 1864, Elisa, Marguerite, Marie Lacoin qui mourra quasi centenaire, à Bayonne, en 1963.

Elle sera suivie de Louis, Marie, Paul Lacoin, né le 3 mars 1865, toujours à Arcachon. Celui-ci fera l’École Centrale, dirigera des forges et fonderies d’abord aux Aciéries de Longwy avant de passer chez de Dietrich à Lunéville.

Dans les années 1910, il s’intéressera à la conquête de l’air et publiera plusieurs ouvrages sur ce sujet dont, en 1911, une Construction des appareils d’Aviation. Il est amusant de constater que beaucoup des personnalités qui ont joué

Ouvrage de Louis Lacoin publié en 1911

Ouvrage de Louis Lacoin publié en 1911

un rôle dans la gestion de la Société Scientifique ont eu un lien, plus ou moins ténu, avec la conquête de l’air d’avant 1914. Nous avons déjà rencontré Ernest Esclangon en train d’observer une éclipse à partir d’un ballon, René Quinton, personnage essentiel de l’aviation naissante et maintenant Paul Lacoin, père de ce Louis Lacoin.

Après avoir été professeur à Centrale, il finira sa carrière comme ingénieur en chef du matériel et de la traction de la Compagnie d’Orléans.

Viendra ensuite Charles, Félix, Henri, Salvat Lacoin, né le 24 juillet 1866 à Verrières-le-Buisson, où sa mère, on la comprendra, avait préféré se réfugier dès le début de l’Exposition Internationale d’Arcachon qui occupait tant son mari.

Et enfin, Auguste, Emile, Gustave, Lacoin, dit Auguste Lacoin de Vilmorin, qui naîtra à Paris, le 7 avril 1869, où la famille s’était donc installée pour avoir quitté Arcachon après la fin de cette Exposition Internationale.

Paul Lacoin était aussi l’oncle de Maurice Lacoin, le plus jeune des quatre fils de son frère aîné, Félix Lacoin.

« Né le 25 octobre 1877 à Dax, Maurice Lacoin, après des études secondaires au collège Stanislas, entre à l’École Polytechnique en 1896. Il en sort en 1898 dans le corps du Génie maritime. Entré à la Compagnie des Chemins de fer de Paris-Orléans, il y atteint le rang d’adjoint au

Etude de Maurice Lacoin, Président de la Cellulose du Pin.

directeur général. Il devait y jouer un rôle important assurant notamment l’électrification de la ligne Paris-Vierzon et y organisant les ateliers et la formation du personnel, jouant en ces deux domaines un rôle d’initiateur. De 1927 à 1930, il est secrétaire général de la Société André Citroën. Il assume ensuite de nombreuses activités, notamment : présidence de grandes sociétés (Société Neyret-Beylier de 1931 à 1947, Cellulose du Pin depuis 1940), formation professionnelle. On lui doit de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur des questions sociales, économiques et techniques, en particulier un ouvrage sur Chaptal comme ministre de la Production industrielle sous le Premier Empire. Maurice Lacoin fut également le premier président de l’Association de Cadres dirigeants de l’industrie[8]. »

On lui doit aussi des Etudes sur la formation du sol de la Gascogne et la restauration de la forêt landaise. Delmas, Bordeaux-1948.

Toutes ses occupations lui avaient quand même laissé le temps de faire pas moins de 10 enfants à son épouse. La 3ème, Elisabeth, surnommée Zaza[9], sera la tendre amie de Simone de Beauvoir.

Marguerite de Vilmorin devenue Madame Paul Lacoin de Vilmorin, grande spécialiste de l’art floral et à laquelle nous devons un livre sur Les Bouquets, Librairie et Imprimerie Horticoles, Paris-1904, s’éteindra, le 27 juin 1912, à Tours.

Ouvrage de Mme Lacoin de Vilmorin

Ouvrage de Mme Lacoin de Vilmorin

Son mari la suivra, six ans plus tard, le 2 mai 1918, à Pau.

En cette veille de Noël, pour remercier toutes les dames, et elles sont nombreuses, qui ont déjà signé la pétition demandant la sauvegarde de l’œuvre de son mari, Madame Paul Lacoin leur offre cet élégant bouquet tiré de son ouvrage :

Lacoin08


[1] Qui savait ce que c’était qu’appartenir à une société savante si l’on en croit la page de garde de son dernier ouvrage publié deux ans avant sa mort et sur laquelle il se présente comme membre des Académies de Dijon, Turin et Besançon ; des Sociétés des Sciences Naturelles de Wétéravie ; de Physique et d’Histoire Naturelle de Genève ; d’Histoire naturelle et de Minéralogie d’Iéna ; des Sciences et Arts de Grenoble, Lille et Trève ; et des Sociétés d’Agriculture et de Pharmacie de Paris.

[2] Le Rapport à l’Empereur, sur l’Exposition internationale de pêche et d’aquiculture d’Arcachon juge nécessaire de ne mentionner, afin de remerciements, que six souscripteurs, sans doute les plus généreux : M. Lacoin père, M. Vilmorin, M. Rhoné-Pereire, M. le Duc de Cambacérès, Monseigneur Donnet et M. Thouvenel.

[3] Qui a été numérisé par Google et qui est accessible à l’adresse suivante :

http://books.google.fr/books?id=uZ8TAAAAYAAJ&dq=lacoin+exposition+internationale+aquiculture&printsec=frontcover&source=bl&ots=7kykG3o79c&sig=x0VimQOD7Dj1YyUBHWdIAuM3tkE&hl=fr&ei=iuIsS83THJC64QbhhaydCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAoQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false.

[4] Celle-ci, rappelons-le, viendra villégiaturer une semaine à Arcachon au mois d’août 1890, sans prendre la peine, croit-on savoir, de visiter le Musée-Aquarium.

[5] Georges Trébuchet, Christian Gautier, Une Famille, une Maison, Vilmorin-Andrieux, L’Historique de Verrières, Verrières-le-Buisson-1982, p. 38.

[6] Ibid., p. 39

[7] Ibid. p. 39-43.

[8] François Russo, Maurice Lacoin (1877-1963) in Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, Année 1965, Volume 18, p. 113.

[9] Morte à 22 ans, elle est enterrée avec son père au cimetière de Saint-Pandelon.

24Déc

Un commentaire pour “Sur Paul Lacoin et quelques uns de ses apparentés…”

  1. Carletti dit :

    Bonjour,
    N’est pas plutôt Maurice Lacoin qui fut ingénieur en chef à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans ?
    Cordialement.

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