Le Musée-Aquarium d’Arcachon évalué par un collège d’experts

Posté par admin le 13 10 2011

Nous avons profité de la sacro-sainte pause estivale pour nous poser la question de savoir s’il existait, pour les aquariums publics, une profession comparable à celle effectuée par les inspecteurs des grands guides gastronomiques. Vous savez, ces personnages tant redoutés par les restaurateurs qui se font passer pour des clients comme les autres et qui au final leur font perdre une fourchette, une étoile ou pire sur la prochaine édition du guide qui les emploie.

Eh bien oui, cette profession existe. Merci Internet.

Cela s’appelle des experts en visite d’aquarium public. Les technocrates disent des EVAP.

C’est une profession qui demande non seulement un certain niveau d’étude, même si une formation universitaire au moins équivalente à bac + 5 ne paraît pas obligatoire, mais il faut aussi être capable de satisfaire à des épreuves sportives conséquentes : il faut avoir des notions de natation, être familiarisé à l’utilisation des brassards sustentateurs, savoir plonger en apnée, etc…Malgré la difficulté de trouver un représentant de cette docte profession disponible au pied levé en plein mois d’août, nous nous sommes dits que si nous faisions appel aux services d’un seul d’entre eux, nous risquions d’être taxés de parti pris au cas où son évaluation se montrerait un tant soit peu critique. Nous avons alors préféré, malgré la difficulté que cela a représentée, nous en remettre à un collège d’experts, constitué de quatre membres.

Au diable l’avarice.

Trois femmes et un seul homme. Comme pas mal d’autres, la profession d’expert en visite d’aquarium montre depuis un certain temps une forte tendance à la féminisation.

Nos experts en attente d'intervention
Nos experts en attente d’intervention

Quand nous nous sommes présentés, le matin du jeudi 11 août à 10 heures 30, le ticket d’entrée faisant foi, la première impression a été assez désagréable. Comme si notre visite dérangeait.

Pourtant la fréquentation de l’établissement à ce moment-là était quasi nulle. Mais notre arrivée, en obligeant le préposé à l’accueil à mettre un terme prématuré à la longue conversation qu’il entretenait avec le congre qui tourne en rond inlassablement dans le bassin extérieur, l’a poussé à nous considérer en importuns. A moins bien sûr que le dit préposé, malgré toutes les précautions dont nous nous étions entourés, ait immédiatement deviné le véritable but de notre visite. Il est en effet très difficile de fondre quatre experts en mission et dument assermentés dans une clientèle d’estivants en goguette.

Quoiqu’il en soit, l’un de nous s’acquittait des billets d’entrée pendant que les quatre sapiteurs attendaient calmement de procéder aux investigations propres à leur métier. Il y avait là Amélie, Manon, Joséphine et Raphaël. Bien sûr les prénoms ont été modifiés pour des raisons que tout le monde comprendra.

Raphaël, en plus des connaissances acquises pour exercer son métier est un spécialiste reconnu de la faune préhistorique. C’est chez lui une véritable passion qui l’a poussé à rassembler une collection remarquable que beaucoup lui envient. On sentait tout de suite qu’il serait difficile de lui faire prendre des vessies pour des lanternes ou un hippocampe pour un ptérodactyle.

P1030465aNotre première photo montre les experts dans l’attente de leur intervention.
De gauche à droite : Manon 4 ans, Joséphine, 4 ans, Raphaël 5 ans et Amélie 3 ans.

Le billet nous a coûté 14,50 €uros, conformément aux stipulations affichées. Les enfants de moins de 4 ans ne paient pas. Ceux entre 4 ans et 10 ans, 3,20 €uros et l’adulte qui les accompagnait, 4,90 €uros.

Nous pénétrons dans l’antre, enfin dans la grotte, qui n’est guère encombrée de visiteurs et nos experts, en premier lieu, confèrent discrètement entre eux pour élaborer la meilleure stratégie d’intervention.

Experta2Les voilà maintenant en train d’examiner attentivement un aquarium abritant des vieilles et des ombrines. On remarquera que pour s’aider dans leur démarche, ils se sont tous les quatre hissés sur une espèce de caisse en bois mise parcimonieusement à la disposition du public. Parcimonieusement, parce qu’il y en a à peu près une pour trois bacs.

Il faut donc sans arrêt les déplacer. Et pour cela, il y a deux façons d’opérer. Soit les pousser en force avec le pied, mais cette méthode est fort bruyante et soulève pas mal de poussière ; soit s’accroupir pour les soulever en les prenant par les mains au moyen des deux encoches situées sur leurs faces verticales les plus étroites. Mais la pénombre rend la préhension des dites encoches assez problématique. Faire une visite dans ces conditions est assez pénible, mais celles-ci rappellent à chaque instant au visiteur qui l’aurait oublié qu’il est au cœur du plus ancien aquarium public du monde en activité dans sa configuration d’origine.

Cela se mérite.

Les experts dans leur mission

Les experts dans leur mission

Nos experts en visite n’avaient jamais rencontré, quelque part dans le monde, un autre aquarium public dont l’expertise nécessitât le transfert permanent de telles grosses caisses en bois. Quand on visite un monument historique, parce que cet aquarium est à ne pas s‘y tromper un authentique monument historique quoique puissent en penser les fonctionnaires de la DRAC, une administration qui semble plus encline à rendre des services que des avis autorisés, on fait toujours une sorte d’introspection pour tenter de remettre mentalement le monument visité dans le contexte de son époque.

Et la question que l’on se pose très vite en visitant cet aquarium, c’est de savoir, compte tenu de sa très grande ancienneté, s’il date d’avant ou d’après l’invention de la roue.

A l’évidence, plusieurs éléments tendent à montrer qu’il est arrivé après, ce qui oblige à s’interroger sur les raisons qui font que les dites caisses en bois ne soient pas munies de roulettes pour aider à les déplacer.

Le ticket d’entrée de la  Société Scietifique (sic.)... Scietifique parce qu’elle entend bien scier la branche sur laquelle elle est assise !!

Le ticket d’entrée de la Société Scietifique (sic.)... Scietifique parce qu’elle entend bien scier la branche sur laquelle elle est assise !!

Il y a donc grosso modo une de ces caisses pour trois aquariums. Elles sont essentiellement destinées à l’usage des enfants, lesquels paient un billet pratiquement 35 % moins cher qu’un adulte. En payant 35 % moins cher, l’administration de cet établissement doit considérer comme normal qu’ils n’aient pas accès à tous les bacs. En tous les cas, il est fort à parier que ce serait là l’argument qu’elle développerait devant un tribunal si d’aventure un parent procédurier décidait de l’y traîner.

Les bacs comportent en général latéralement un tableau explicatif éclairé de l’intérieur. Plusieurs ont perdu cet éclairage.

Quelques uns de ces tableaux sont dépourvus de toute explication et trois ou quatre n’hésitent pas à indiquer la présence d’animaux qui ne sont pas ceux qui sont présentés dans le bac correspondant.

Personne dans l’administration de l’établissement n’a jugé bon de s’assurer de la parfaite concordance entre l’animal ou les animaux présentés sur le tableau et celui ou ceux qui évoluent dans le bac.

Laissant chacun faire les corrections qu’il juge utiles à défaut d’être toujours pertinentes.

Pour tous les autres bacs, les feuilles explicatives proposées aux visiteurs sont d’une tristesse désolante. On dirait ce genre de carte ragoûtante que l’on vous propose dans les restaurants de seconde zone et qui sont poisseuses d’avoir trop servi.

Encore une fois, on s’interroge en essayant de replacer ce si vieil aquarium public dans sa perspective historique. Ces feuilles explicatives sont-elles d’avant-guerre ? Elles en ont bien l’air, mais de quelle guerre s’agit-il ? De celle de 39 ? De celle de 14 ? Ou bien encore de celle de 1870 ?

Nous n’avons pas su le déterminer.

La visite de nos experts a duré un peu plus d’une heure. Ce qui est à mettre au crédit de leur conscience professionnelle. Nous avons remarqué que plus la taille de l’animal présenté était conséquente et plus celui-ci attirait leur curiosité.

Les experts posent officiellement à l’issue de leur mission

Les experts posent officiellement à l’issue de leur mission

Avant de quitter cette grotte historique, ils ont bien sûr sacrifié à la petite photo de groupe traditionnelle.

Par acquit de conscience, ils ont tenu à faire un passage assez rapide dans le musée du premier étage où la plupart des vitrines de présentation sont hors de portée de leur regard. Toutefois plusieurs volumineux spécimens empaillés n’ont pas été sans exciter leur intérêt.

La conclusion de leur rapport est on ne peut plus circonstanciée.

Elle développe d’abord les aspects positifs rencontrés avant de faire un réquisitoire sévère et sans appel des anomalies inacceptables rencontrées.

Mais ce qui leur a semblé le plus grave, c’est l’absence d’enthousiasme qui dégouline le long des parois de cet aquarium. Quand on a un savoir à faire partager, on se doit de le faire dans l’enthousiasme. Enfin dans un minimum d’enthousiasme.

Ici, aucun enthousiasme d’aucune sorte.

Vitrines du musée hors d’atteinte du regard de nos experts

Vitrines du musée hors d’atteinte du regard de nos experts

Tout est fait à la dégoûtée.

Si la Société Scientifique est bien parvenue au cours des dix dernières années et au moyen d’efforts méritoires, à réduire de façon conséquente le nombre de ses visiteurs qui oscillait, bon an mal an autour de la centaine de mille, elle a par contre totalement échoué à dissuader les quelques vingt mille irréductibles qui s’obstinent contre vents et marées chaque année à continuer à visiter son Musée-Aquarium.

Et ce n’est pas faute de recourir à des tas de procédés pitoyables décrits avec précision dans le rapport, procédés confortés par un prix de billet sans doute trop important eu égard aux prestations proposées.

On comprend dès lors que cette Société Scientifique soit favorable à la démolition de son propre Musée-Aquarium. C’est à l‘évidence la seule solution qu’elle ait trouvée pour tenter de dissimuler son incompétence rédhibitoire à gérer un tel établissement.

Mais à partir de là on peut s’interroger sur l’opportunité réelle qu’il y aurait à lui confier la gestion d’un nouveau Musée-Aquarium construit de neuf sur un plateau de près de mille mètres carrés de béton armé. Ne serait-ce pas tout simplement donner des perles aux cochons ?

Et les perles sont chères, surtout qu’elles sont désormais payées par des contribuables d’un pays qui croule sous les déficits.

Quand tout est fait à la dégoûtée la clientèle finit par se faire rare…

Quand tout est fait à la dégoûtée la clientèle finit par se faire rare…

13oct

2 commentaires pour “Le Musée-Aquarium d’Arcachon évalué par un collège d’experts”

  1. Marion B. dit :

    Merci pour ce triste mais savoureux témoignage.

    Et désolée pour nos 4 jeunes EVAP dont le regard, faute de moyens, n’a peut-être pas réussi à prendre beaucoup de hauteur :-) , mais dont l’esprit a percé ce terrible manque d’enthousiasme et d’attachement aux lieux, cette indifférence chronique, ou tout bêtement et sans puiser dans l’affectif (valeur dépassée de nos jours… :sad: ), ce manque de conscience professionnelle, cette sorte de minimum syndical…

    J’avais eu la même sensation lors d’une brève conversation avec un des gardiens des lieux, et cru à un acte de sabordage.
    Mais heureusement, l’âme du musée avait pris le dessus sur cette morosité ambiante et éveillé mon côté passionné !

    Portes ouvertes ce samedi… http://www.ladepechedubassin.fr/actualite/viewArticle.php?idArticle=2427
    Peut-être pour un ultime travail d’intox visant à justifier l’acquisition de perles rares… :roll:

    Bon week-end.

  2. […] Le Musée-Aquarium d’Arcachon évalué par un collège d’experts […]

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