Un avis très défavorable lors de l’Enquête publique

Posté par admin le 02 06 2014
Partagez cet articleShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedInEmail this to someone

Echange de lettre entre nous et un docteur en biologie végétale très défavorable au projet.

Cher Monsieur,

J’ai été destinataire d’une copie du courrier que vous avez envoyé au commissaire enquêteur en charge de la quadruple enquête publique, ce dont je vous remercie.

Je l’ai lu très attentivement et ma première réaction a été de regretter de ne pas être capable de mettre un visage sur votre nom.

Je partage absolument toute votre argumentation.

A cent pour cent.

Elle est parfaitement documentée et pourtant elle ne se départit jamais d’un bon sens auquel on ne peut qu’adhérer.

Un bon sens qui semble par contre avoir quitté les promoteurs de cet invraisemblable projet.

Et dans tous vos arguments, il y en a un auquel j’ai été plus particulièrement sensible :

« De surcroît, le changement des règles d’urbanisme au Petit Port, notamment relatives à l’ampleur des constructions et édictant a posteriori les hauteurs maximales à respecter pour les faire coïncider avec le projet de POA, participent d’une dévaluation désastreuse du crédit accordé aux documents de cadrage en matière d’urbanisme. Les régularisations de ce type accréditent en effet la perception négative des administrés selon laquelle le PLU reste contournable et s’avère loin de constituer une garantie de gestion durable au niveau communal.  »

Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises !

Mais ces modifications de circonstance et répétitives du PLU font plus qu’entraîner une dévaluation désastreuse du crédit accordé aux documents de cadrage en matière d’urbanisme.

Elles dévaluent aussi l’image que l’on peut avoir de celui ou ceux qui y recourent.

Et finissent par participer au ras-le-bol ressenti par le pays et exprimé dans l’élection de dimanche.

Au Collectif Populaire des Aquaria Convoités dont je suis un sympathisant actif, nous avons choisi de nous adresser au docteur Manuel Tunon de Lara, dont très curieusement le nom n’apparaît jamais dans les dossiers de l’enquête publique.

Par l’intermédiaire d’une lettre ouverte intitulée : 35 millions … pour faire nager une pinasse dans un aquarium !

Vous pourrez le découvrir sur le site de ce collectif :

http://www.sauvonslemuseeaquarium.org/wordpress/

Elle vous apparaîtra plus véhémente, nous n’avons ni le style ni la bonne éducation des diplômés de l’enseignement supérieur, mais vous montrera que dans ce collectif nous partageons absolument votre opposition à l’édification du POA au Petit Port.

Bien cordialement.

Jean-Pierre Ardoin Saint Amand.

=o=
Voici cette contribution à l’enquête publqiue :

Marie-France et Renaud CANTEGREL

15 rue Marcel Levasseur

33120 ARCACHON

Tel 06 63 25 28 08

Pau, le 26 mai 2014

Monsieur Claude ARMAND

Commissaire enquêteur

Sous-préfecture d’Arcachon

55 boulevard du Général Leclerc

33120 ARCACHON

Objet : Enquête publique relative à l’édification du POA au Petit Port d’Arcachon

Monsieur le Commissaire-enquêteur,

Suite à notre rencontre en sous-préfecture d’Arcachon le 12 mai dernier, et après examen attentif du projet d’édification du Pôle océanographique aquitain (POA) sur le site du Petit Port d’Arcachon, nous formulons ci-après notre appréciation sur ce dossier complexe, mettant en jeu simultanément diverses procédures administratives. Nous nous bornons ici à en relever les enjeux majeurs pour le bien commun qu’est la cité arcachonnaise.

1 – L’aliénation du domaine public maritime (DPM)

Il est rappelé que, selon le code général de la propriété des personnes publiques, tout changement substantiel d’utilisation de zones du domaine public maritime est préalablement soumis à enquête publique. Or, ce changement substantiel d’utilisation consisterait ici à substituer des activités d’enseignement, de recherche et de pédagogie marines aux traditionnelles activités liées au port de plaisance. Ce qui se traduirait sur le site par l’édification d’un imposant immeuble en lieu et place d’un parking public semi enterré particulièrement discret.

Il y aurait donc détournement d’usage et privatisation effective du DPM, même si le propriétaire de l’immeuble en cause serait l’université de Bordeaux.

Par ailleurs l’équipement projeté est-il par sa volumétrie compatible avec les documents cadres d’aménagement du littoral ? Le Schéma de mise en valeur de la mer du Bassin d’Arcachon (SMVM) pointe ici une « évolution de la façade urbaine sous réserve du respect de la silhouette d’ensemble et des perméabilités physiques et visuelles entre la mer et la ville » dans le respect de « la qualité des eaux et d’une intégration paysagère et urbaine ».

Comment dès lors concilier cette intégration avec la volonté contradictoire du maître d’ouvrage de créer un édifice visible et remarquable ?

En effet, l’habillage du bâtiment d’une résille de bois sur les façades et la végétalisation de l’ouvrage et de ses abords se révèleraient incapables de masquer l’effet rempart causé par l’édifice.

L’exécution du projet constituerait une aliénation du domaine public maritime et contribuerait irrémédiablement à l’opacification du front de mer.

2 – La fermeture de la seule fenêtre visuelle sur le Bassin et le port en venant de Bordeaux

Cette atteinte paysagère sur le site du Petit Port fut déjà soulignée par le rapport du commissaire-enquêteur lors de la précédente révision simplifiée du PLU. Qu’on en juge : le POA entraînerait des « nuisances visuelles constituées par l’obstruction de la vue sur le port de plaisance ou le bassin au détriment des riverains (avec risque de dévalorisation de leurs biens) ou des passants depuis le boulevard de la Plage. »

Avec l’édification du POA, les deux seules percées qui subsisteraient de part et d’autre du bâtiment, côté rue des Marins et au droit de la rue Carmagnat, larges de 30 et 35 m le long du boulevard de la Plage, laisseraient à l’automobiliste entre 2 et 4 secondes pour admirer le port, suivant qu’il roule à 50 ou à 30 km/h, hors aléas liés à la circulation routière !

Au demeurant, contrairement à ce qui figure dans l’étude de la mise en compatibilité du PLU, la percée visuelle existante n’est manifestement pas « interrompue du printemps à l’automne par une dense végétation formée d’un alignement de platanes ». La photo qui illustre le paragraphe cité en apporte la démonstration ! Dans le projet POA, on préserverait ces malheureux platanes au motif fallacieux de l’intégration paysagère, tout en leur incriminant aujourd’hui l’occultation de la vue sur la mer une bonne partie de l’année !

De fait, la fenêtre actuelle sur le Petit Port serait définitivement obstruée par l’édification du POA.

3 – L’intégration impossible du projet dans l’environnement du Petit Port

Le respect des perméabilités physiques et visuelles entre la mer et la ville recommandé par le SMVM est un autre point litigieux du projet. En effet, l’analyse est exclusivement fondée sur la perception de la silhouette du front de mer depuis le Bassin, considérée comme très peu impactée par le nouveau bâtiment. Cela signifie que d’une part on justifie le gigantisme du futur POA par les erreurs architecturales opérées à proximité, et que d’autre part la hauteur de l’édifice ne déborderait que faiblement la ligne de ciel actuelle. Comme si la façade d’un immeuble barrant la fenêtre du Petit Port, fût-elle « peinte en vert », équivalait à la transparence d’un espace résidentiel boisé !

La démarche HQE (haute qualité environnementale) appliquée au projet entérine d’ailleurs la faiblesse du volet intégration paysagère : alors que les cibles d’écogestion (gestion de l’énergie, qualité sanitaire de l’eau, …) sont notées performantes (P) à très performantes (TP), la « Relation du bâtiment avec son environnement immédiat » (cible n° 1) ne reçoit que la cotation de base (B) !

La déficience qualitative du projet, telle qu’évaluée par la démarche HQE, est bien l’absence d’intégration paysagère de l’édifice au Petit Port.

4 – L’intérêt général du projet sujet à caution

L’intérêt général supposé du projet de POA constitue l’un des volets majeurs de l’enquête publique. Or, la fonction d’intérêt général de ce projet se fonde essentiellement sur 3 thèmes développés dans le dossier :

1)      « la pérennisation sur le site d’Arcachon d’une communauté pluridisciplinaire scientifique de haut niveau »,

2)      « la sensibilisation et la formation des futurs citoyens »,

3)      « la rénovation du Musée-Aquarium et de la Société scientifique d’Arcachon. »

On découvre qu’en réalité, si le dossier justifie bien le principe d’un Pôle océanographique aquitain situé à Arcachon, à aucun moment il ne démontre l’intérêt général du choix de l’implanter au Petit Port !

Bien au contraire, en soulignant l’« impact direct et permanent » du POA sur la séquence paysagère en front de mer, l’étude des incidences reconnaît de facto la faille dans la justification de l’intérêt général du projet.

Le dossier n’apporte en rien la preuve de l’intérêt général d’édifier le POA sur le site du Petit Port d’Arcachon.

5 – Le bouleversement de l’urbanisme arcachonnais

Avant même le souci de mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme (PLU) avec la construction projetée, il convient d’examiner les répercussions sur l’urbanisme côtier qu’aurait l’édification du POA au Petit Port. Notons à ce titre la responsabilité pesant sur la Mairie d’Arcachon, reconnue comme intervenant dans la gouvernance du projet aux côtés du maître d’ouvrage.

Le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) préconise l’« accueil d’activités de recherche et d’enseignement supérieur profitant des implémentations existantes ». Bien que l’anglicisme implémentation soit peu explicite (exécution ou adaptation d’un projet), on comprend qu’il s’agit là de valoriser le site existant place Peyneau, comme la municipalité l’envisageait antérieurement.

Or il n’en est rien, puisque le projet en cause concerne le site du Petit Port sur une surface de près d’un hectare !

Plus grave encore, l’exécution du projet au Petit Port se trouve financièrement conditionnée par la vente de l’îlot Peyneau, voué semble-t-il à un projet immobilier de grande envergure. Cette nouvelle opération immobilière privative en front de mer, face à la jetée d’Eyrac, ferait du passé table rase avec démolition du Musée-Aquarium, ainsi que de la station marine dont seule la façade serait préservée car ERB (classée au titre des éléments remarquables du bâti).

Les associations locales compétentes en protection du patrimoine architectural et historique attirent depuis des années l’attention des pouvoirs publics sur l’impérieuse nécessité de préserver le plus vieil aquarium du monde dont peut s’enorgueillir la cité d’Arcachon. Le fait de passer outre engagerait la responsabilité de l’actuelle municipalité pour défaut d’édiction de mesures de protection de ce patrimoine exceptionnel.

De surcroît, le changement des règles d’urbanisme au Petit Port, notamment relatives à l’ampleur des constructions et édictant a posteriori les hauteurs maximales à respecter pour les faire coïncider avec le projet de POA, participent d’une dévaluation désastreuse du crédit accordé aux documents de cadrage en matière d’urbanisme. Les régularisations de ce type accréditent en effet la perception négative des administrés selon laquelle le PLU reste contournable et s’avère loin de constituer une garantie de gestion durable au niveau communal.

Enfin, que dire de l’indigent développement relatif à la gestion de l’affluence du public sur le site du Petit Port ? On se contente d’admettre l’augmentation estivale significative du trafic routier, sans mentionner que la dangerosité déjà effective d’un boulevard de la Plage étroit et à double sens se trouverait considérablement accrue par l’accès au POA !

Bref, la mise en compatibilité du PLU avec le projet de POA ouvrirait la voie à une urbanisation dévaluée, reniant les objectifs de respect de la ligne de front de mer et de préservation du patrimoine bâti de qualité.


Conclusion : un projet calamiteux pour l’image d’Arcachon

L’ensemble des observations résumées ici conduit au rejet pur et simple du projet d’implantation du Pôle océanographique aquitain sur le site du Petit Port d’Arcachon.

Remarque : On sort de l’examen du dossier soumis à l’enquête publique avec le désagréable sentiment que le maître d’ouvrage a augmenté de manière démesurée le volume du document. Avec énormément de redondances au niveau des pièces à l’appui de sa démonstration, il insiste lourdement sur les atouts, tout en minimisant à l’évidence les atteintes irréversibles aux sites d’Eyrac et du port de plaisance.

Ainsi, en dépit d’un dossier particulièrement touffu censé étayer un projet ambitieux, le promoteur du POA ne parvient pas à convaincre le lecteur de l’intérêt général revêtu par le choix du site. Bien au contraire, l’effet néfaste de cet imposant dossier est d’induire inéluctablement l’amplification de la dégradation paysagère et architecturale du front de mer arcachonnais.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que 46 % des contributions  se soient déjà prononcées défavorablement (33 avis négatifs sur 71 exprimés) sur le registre de concertation ouvert fin 2011 – début 2012 !

*

Natif d’Arcachon, j’ai eu comme d’autres le triste privilège de subir au fil des décennies le spectacle affligeant d’une dépréciation irrémédiable du front de mer par des atteintes réitérées à notre patrimoine architectural et paysager. On pouvait penser que, même habillé de vert, le bétonnage côtier souvent incriminé par les usagers du Bassin se trouverait derrière nous, que décidément le xxie siècle tournerait résolument le dos aux errements passés.

Au motif certes louable de dynamiser la recherche, la formation et la sensibilisation du public aux écosystèmes marins, le Pôle océanographique aquitain, s’il devait voir le jour sur le DPM du Petit Port, constituerait une nouvelle atteinte à la perméabilité visuelle du front de mer, déjà mise à mal depuis les années 1960. Circonstance aggravante, le projet se trouve conditionné par la vente de l’îlot Peyneau, causant une perte considérable de sa qualité architecturale et historique, où s’intègrent depuis le xixe siècle la Station marine et le Musée-Aquarium d’Arcachon.

Je vous prie en conséquence, monsieur le commissaire enquêteur, de bien vouloir verser l’argumentaire ci-dessus, concernant le rejet de l’actuel projet POA, au registre de l’enquête.

Renaud CANTEGREL

Docteur de spécialité Biologie végétale (UPPA)

Ingénieur des Eaux & Forêts (e.r.)

associé à l’UICN*

PJ : Notre avis défavorable en date du 12 octobre 2010.


* Union internationale pour la conservation de la nature.

Catégories: Situation actuelle.
Étiquettes :
02Juin

Laisser un commentaire