Paul Bert et Arcachon

Posté par admin le 07 09 2017
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Un bien curieux personnage que ce Paul Bert qui a travaillé dans ce Musée-Aquarium que l’on veut réduire en gravats.

Paul Bert

Curieux, attachant et surtout brillant.

Il naît à Auxerre le 19 octobre 1833. Son père, Joseph, est avoué avant de devenir conseiller à la Préfecture de l’Yonne, et la famille est aisée. Il a un frère aîné, Jules, de dix ans plus âgé que lui qui poursuit des études de droit quand il meurt à 23 ans d’une phtisie galopante.

Ce drame fait de lui un fils unique auquel ses parents n’osent rien refuser.

« Son tempérament impétueux mit bien souvent à l’épreuve la patience de sa mère. Elle lui donnait sans cesse en exemple son frère Jules, bien en vain. Les rapports de Paul avec son père furent, par contre, rarement marqués d’affection. Ils étaient également autoritaires, et Joseph Bert n’aimait pas qu’on lui résistât, ce dont son fils, il faut l’avouer, ne se privait guère[1]. »

A 19 ans, Paul Bert, monte à Paris entreprendre des études supérieures. Il s’inscrit tout d’abord dans une école préparatoire pour se présenter au concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique. Mais très vite, il comprend qu’il se trompe de voie, n’aimant guère les mathématiques et, sur les conseils de son père, s’engage dans des études de droit. Quatre ans plus tard, en 1857, il soutient deux thèses, l’une en droit romain et l’autre en droit français, qui lui permettent d’obtenir sa licence et lui donnent le titre d’avocat. Mais il n’a aucune affinité pour ce métier. Son adhésion à la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne et surtout sa rencontre avec le docteur Pierre Gratiolet, très grand médecin natif de Sainte-Foy-la-Grande qui avait fait son droit avant de faire des études de médecine, lui font découvrir son intérêt pour les sciences naturelles. Il s’inscrit alors à la faculté de Médecine de Paris. En 1860, il soutient une licence ès-sciences naturelles devant un jury dont Claude Bernard fait partie et auquel il n’hésite pas à tenir tête. Le 8 août 1863, il devient docteur en médecine en soutenant une thèse intitulée De la greffe animale.

Josephina Clayton à l’époque de son mariage.

Josephina Clayton à l’époque de son mariage.

Claude Bernard le prend alors comme préparateur de son cours de médecine expérimentale. Parallèlement, il poursuit des études en sciences naturelles et la soutenance, le 13 janvier 1866, de sa thèse Recherches expérimentales pour servir à l’histoire de la vitalité propre des tissus animaux lui vaut de devenir docteur ès sciences naturelles.

Mais l’année précédente, le 16 février, le docteur Pierre Gratiolet mourait, laissant une famille dans le besoin. Paul Bert était nommé tuteur des trois enfants. Au même moment, il faisait connaissance, dans l’Yonne, de Josephina Clayton d’origine écossaise, fille d’un pharmacien. Sans doute n’était-ce qu’une simple coïncidence, mais son grand-père maternel à lui, Henry Massy, était aussi d’origine écossaise.

Josephina n’avait pas 19 ans, il allait en avoir 32. Elle était anglicane, il était catholique.

« Le 17 avril 1865, il avait épousé à Auxerre une jeune Ecossaise de grande beauté, mais de fortune nulle[2]. »

De grande beauté, son biographe nous met l’eau à la bouche.

Mais pour nous intéresser à Paul Bert nous nous sommes assurés, le CPDAC ne reculant devant aucun sacrifice, de quelques photographies originales, sans doute inédites, provenant des papiers personnels d’un ami d’enfance de Paul Bert, Alfred Thiénot qui sera colonel au 57ème Régiment d’Infanterie[3] de ligne. Il était le fils d’Edme, Nicolas Thiénot (1791-1858), lui-même colonel au 20ème de ligne et mort à Auxerre où il s’était retiré.

Claude Bernard, soi-même, est le témoin de mariage de Paul Bert.

Qui, le 30 janvier de l’année suivante, dûment diplômé, est nommé chargé de cours de zoologie et de physiologie comparée à la Faculté des Sciences de Bordeaux.

Bordeaux, où le jeune couple s’installe.

Trois mois plus tard, le 11 avril 1866, Paul Bert est intronisé à la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux dont il devient membre titulaire.

Il se lance alors dans des tas de recherches scientifiques qui l’amènent jusqu’à Arcachon, au siège de la Société Scientifique, où il s’établit un petit laboratoire de deux pièces, qu’il finance lui-même :

« Il consacrait tous les loisirs que lui laissait l’enseignement de la Zoologie à des recherches originales sur l’Anatomie comparée. Il avait même installé, à ses frais personnels, un petit laboratoire d’études maritimes[4]. »

Une Société Scientifique qui vit dans l’effervescence de la préparation de sa prochaine Exposition Internationale de pêche et aquiculture, mais qui prend quand même le temps de l’accueillir comme membre, sous le numéro 54. Quatre de ses collègues de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux y siègent déjà : le docteur Léopold Micé (n° 14) professeur à l’École de Médecine et fondateur d’une école privée, Ernest Royer (n° 17) directeur de la dite école, par ailleurs président de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux, Daniel Guestier (n° 35) négociant et Paul Béro (n° 48) ingénieur de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Ce qui lui aura permis de bénéficier facilement des deux parrainages indispensables, exigés par les statuts.

L’image de Paul Bert dans l’inconscient collectif est restée celle d’un quinquagénaire un peu fort à la chevelure telle une crinière soulignée d’une moustache que l’on nous dit coupée à l’américaine.

Ce n’est pas celle que vont connaître les Arcachonnais.

L’homme est encore jeune.

Nous possédons deux portraits du couple, pris par un photographe arcachonnais, Antoine Petit-Breuilh. Quand Paul Bert arrive à Bordeaux, au début de l’année 1866, sa jeune épouse est enceinte de deux mois. Elle accouchera, à Bordeaux, le 31 juillet d’une fille qui portera le même prénom que sa grand-mère maternelle, Henriette.

Henriette Bert, âgée de 3 ans et demi.

Henriette Bert, âgée de 3 ans et demi.

Sur ces deux photos elle est délivrée, ce qui permet de dater les clichés de l’automne 1866.

« Le jeune professeur est un homme brun, les cheveux assez longs, partagés par une raie dégageant le front ; le regard est franc, volontaire, le nez droit, la bouche protégée par une moustache assez courte, l’expression attentive. Il a l’aspect des paysans du Morvan, ne haïssant personne mais ne se laissant pas intimider[5]. »

PB03VLe premier cliché n’est pas signé par le photographe. Sans doute n’en aura-t-il pas été satisfait. Il est légèrement sous-exposé. Le revers du second porte les noms des personnages représentés. Tout laisse croire, sans que nous en ayons la certitude, que cette mention est de la main même de Paul Bert.

Paul Bert, professeur à la faculté mais aussi assidu aux réunions de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux, prend alors l’habitude de publier les résultats de ses différentes recherches et il le fait le plus souvent dans les mémoires de cette société savante. La liste de leurs titres montre la diversité de ses centres d’intérêt et l’avidité de sa curiosité.

Paul Bert et sa femme

Paul Bert et sa femme

Deuxième cliché

Deuxième cliché

Durant l’année 1866, il publie :

Recherches sur les mouvements de la sensitive (Mimosa pudica, Linn.)

Note sur la mort des poissons de mer dans l’eau douce, dans laquelle il ne manque pas de préciser : « Le magnifique aquarium d’Arcachon, où se conservent dans le plus parfait état de santé les poissons, même de haute mer, m’a permis de faire, pour m’éclairer sur cette difficulté, les expériences suivantes[6] : » ;

Note sur l’action élémentaire des anesthésiques (éther et chloroforme) et sur la période d’excitation qui accompagne leur administration ;

Note sur la présence, de l’Amphioxus lanceolatus dans le bassin d’Arcachon, et sur ses spermatozoïdes qu’il débute par : « Au commencement du mois de mars, M. Fillioux, pharmacien à Arcachon, me montra, conservé dans l’alcool, un petit animal capturé sur un des bancs du bassin, dans une promenade zoologique faite avec M. Lafont, d’Arcachon, naturaliste distingué. Ma joie fut grande en reconnaissant le fameux et paradoxal Amphioxus lanceolatus[7] » et qu’il termine par : « Dans la note actuelle, j’ai seulement voulu donner à la découverte qu’ont faite MM. Fillioux et Lafont la publicité qu’elle mérite[8]. » Longtemps plus tard, en souvenir des travaux de Paul Bert, la première embarcation dont se munira la Société Scientifique d’Arcachon s’appellera L’Amphioxus.

PB03V2Notes diverses sur la locomotion chez plusieurs espèces animales ;

Note sur la présence, dans la peau des holoturies, d’une matière insoluble dans la potasse caustique et l’acide chlorhydrique concentré ;

Note sur un signe certain de la mort prochaine chez les chiens soumis à une hémorragie rapide ;

Note sur quelques points da la physiologie de la lamproie (Petromyzon marinus, Linn.).

Le 26 juillet, il écrit à Louis Pasteur une lettre qui, si elle laisse deviner la légitime ambition de son auteur, montre aussi la pauvreté de l’Université, déjà !, et prouve par opposition tout l’intérêt de la démarche des quelques Arcachonnais qui avaient créé cette Société Scientifique :

« Très Honoré Monsieur, les deux petites brochures que vous recevez en même temps que cette lettre me donnent une occasion de me rappeler à votre bienveillant souvenir. Je suis installé à Bordeaux, j’y ai été parfaitement reçu, et je crois pouvoir dire, sans nulle vanité, que mon cours a été favorablement accueilli. Mais les moyens matériels de travail me font presque absolument défaut ; je n’ai qu’un demi-préparateur, et une faction beaucoup plus faible de garçons de laboratoire, ce qui n’est que justice, car de laboratoire, point. Et ce n’est pas là ce qui me manque le plus. Les conseils, la fréquentation des maîtres me font plus défaut que je ne l’eusse imaginé. Je suis le maître ici, et c’est un rôle auquel je n’étais pas suffisamment préparé. Combien il eut été préférable pour moi que le désir par vous obligeamment manifesté eut pu être accompli, et que j’eusse trouvé à l’École normale, avec une position si haut placée dans l’estime publique, cet appui dont je ressens tant le besoin. Permettez-moi d’espérer que, si les circonstances devenaient favorables, votre bienveillant secours ne me ferait pas défaut. Si j’avais en main les destinées, j’arrangerais les choses en telle sorte que M. Larage donnerait sa démission à la fin de 1867, ce qui me permettrait – si toutefois je vous agréais encore – de rentrer à Paris avec le titre de Professeur de Faculté et non de chargé de cours. Mais si pareille vacance arrivait bien plus tôt, et que vous voulussiez bien vous souvenir de moi, je n’hésiterais pas. J’ai reçu, il y a deux semaines, de bonnes nouvelles de M. Bernard, que l’ouverture d’un abcès dans l’intestin avait beaucoup soulagé […]. Pardonnez-moi cette longue lettre, Très Honoré Monsieur, et n’y voyez pas seulement, je vous prie, l’expression de mon intérêt personnel, je vous ai été profondément reconnaissant de la bienveillance honorable que vous m’avez spontanément témoigné et j’ai été heureux d’avoir une occasion de vous présenter mes remerciements et mes respects.

Paul Bert, 60, rue de l’Église Saint Sevin[9]. »

L’Exposition Internationale de pêche et d’aquiculture qui a ouvert ses portes le 2 juillet 1866 et dans les allées de laquelle on rencontre souvent Paul Bert, doit se terminer le 30 septembre. Mais devant son succès, il est décidé de la prolonger jusqu’à la fin octobre. Toutefois, le 21 octobre, se tient dans la grande salle du Casino Mauresque la cérémonie de remise des récompenses décernées aux exposants les plus méritants par un jury qui, pour l’occasion, a rédigé plusieurs rapports. L’un d’entre eux l’aurait été par Paul Bert, ce qui laisse penser qu’il faisait partie de ce jury. Cependant, il nous a été impossible de trouver la moindre trace de ce rapport dans quelque bibliothèque que ce soit. Dans ce texte, Paul Bert aurait écrit en parlant du Musée-Aquarium d’Arcachon :

« Là, et là seulement, le zoologiste, observant les animaux marins, vivants et libres, pourra se faire une idée exacte de leur apparence extérieure, étudier leurs allures, leurs instincts, leurs guerres et leurs amours ; là, et là seulement, le physiologiste, recherchant les fonctions de leurs organes et les conditions de leur existence, pourra établir fructueusement ses expériences et forcer la vie à lui révéler les secrets de la vie ; là, et là seulement, l’embryologiste, suivant pendant des mois et des années l’évolution des êtres, pourra découvrir la série des modifications morphologiques, parfois si étranges, qu’ils subissent dans le cours de leur existence, métamorphoses que la science, il y a vingt ans, soupçonnait à peine, et dont la connaissance sape aujourd’hui sur tant de points l’édifice des vieilles classifications… – Et, comme toute bonne pratique doit procéder de la science, l’aquiculture, à qui sera ainsi enseignée l’histoire complète des habitants des eaux, pourra, grâce à elle, éviter de dispendieux essais, trop souvent infructueux. »

Le 15 novembre 1866, la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux renouvelle son bureau et Paul Bert entre dans son Conseil d’Administration.

L’année suivante, il organise, à Bordeaux, dans les locaux de la gare Saint-Jean, sous le titre général de La Machine Humaine, des conférences destinées aux employés du chemin de fer. Dans l’une d’entre elles, s’appuyant sur son expérience personnelle « il dénonça solennellement la misère des laboratoires de recherches scientifiques et des collections dans les Universités françaises, alors que les Universités allemandes regorgent de ressources. « Sans parler de Bordeaux, une des villes les plus mal installées… et bien inférieure à Nancy, par exemple, j’ai vu les plus illustres physiologistes français travailler en plein Paris, dans un taudis infect, décoré du nom de laboratoire. »[10] »

Justifiant par là, encore une fois, la démarche des Arcachonnais qui après avoir créé leur Société Scientifique venaient au même moment de la pourvoir du Musée-Aquarium que nous connaissons.

La même année, il publie :

Mémoire sur la physiologie de la seiche (sepia officinalis, Linn.) qu’il termine par une déclaration dont nous ne pouvons pas faire l’économie :

« Les expériences dont les résultats viennent d’être rapportés ont été exécutées dans le laboratoire annexé à l’Aquarium de la Société scientifique d’Arcachon. Il n’est pas déplacé, je pense, d’entrer ici dans quelques détails touchant cette belle institution scientifique.

Elle se compose de trois parties : un musée, un aquarium, un laboratoire.

Au musée, qui devra recueillir toutes les productions du riche bassin d’Arcachon, est annexée une salle où des conférences ont été faites pendant la dernière saison des bains.

L’aquarium comprend trente et quelques bacs vitrés, de 1 à 2 mètres de capacité, dont l’éclairage est disposé de manière à permettre l’observation facile des animaux qui y sont contenus.

En outre de ces bacs, six vastes bassins, mesurant de 10 à 25 mètres cubes, sont destinés à conserver les animaux de grande taille et ceux qui ne s’accommoderaient pas d’une captivité plus rigoureuse.

Un courant d’eau de mer continu, puisé à quelques mètres de distance (car l’établissement est installé sur le bord même du bassin), entretient dans ces bacs et ces bassins les conditions les plus favorables possibles à la longue conservation des animaux vivants.

Enfin, le laboratoire, que la Société va encore agrandir, a déjà fourni un emplacement suffisant pour les recherches simultanées de plusieurs anatomistes ou expérimentateurs.

Tel est, en quelques mots, cet établissement, fondé par les seuls efforts de l’initiative privée, nonobstant de mesquines rivalités locales. Tel il est, ouvert généreusement à tous les hommes de science, que la Société convie, par tous les moyens de publicité dont elle dispose, à venir profiter des coûteux sacrifices qu’elle a faits.

En exposant les faits qui précèdent, je n’ai pas seulement cédé au sentiment de gratitude inspiré par le secours que j’ai reçu dans mes travaux, j’ai la certitude de faire un acte utile à mes confrères en science naturelle, à ceux surtout qui sont engagés dans la voie expérimentale. En venant à Arcachon, ils éviteront les ennuis, les pertes de temps et les petits déboires que connaissent tous ceux qui ont essayé d’aller travailler seuls sur le bord de la mer. Ils y trouveront des facilités de travail qu’il est impossible à un homme isolé de se procurer ; et, enfin, ils y seront reçus par le président et les membres de la Société scientifique avec une expansion et un désir d’être utile dont j’ai personnellement éprouvé les bienveillants effets.                                                                     .

Il en coûte à ma reconnaissance de terminer ces quelques lignes sans citer un seul nom propre ; mais, faut-il le dire, je devrais en citer trop. Chacun, dans l’accomplissement de cette œuvre utile, a mis son argent, son temps, son dévouement. II n’a rien moins fallu que ce concours exceptionnel de forces pour triompher des difficultés immenses, aggravées par des oppositions qu’il me serait désagréable de qualifier. Ainsi a été fondé, ainsi est entretenu, ainsi est ouvert aux savants, par de simples particuliers, un établissement scientifique qui n’a son analogue nulle part en Europe ; un établissement d’utilité publique de l’ordre de ceux dont, dans d’autres branches, la création incombe à l’État. Une telle chose faite, et faite en France, dispense de tout commentaire louangeur.

Paris, le 1er novembre 1867[11]. »

Si ça n’est pas là un magnifique certificat de monument historique en bonne et due forme, c’est à rien n’y connaître.

Et s’il vous plaît, un certificat qui n’est pas signé de n’importe qui.

Quatre ans plus tôt, n’avait-il pas écrit dans une lettre personnelle :

« Avant d’être naturaliste, je me sens citoyen, et j’applaudis à celle loi de Solon qui notait d’infamie tout citoyen resté inactif au sein des discordes civiles[12]. »

Arcachonnais, nous ne pouvons qu’applaudir avec lui.

« Chacun, dans l’accomplissement de cette œuvre utile, a mis son argent, son temps, son dévouement. Il n’a rien moins fallu que ce concours exceptionnel de forces pour triompher des difficultés immenses, aggravées par des oppositions qu’il me serait désagréable de qualifier. »

Nous n’aurons pas les scrupules de ce grand homme.

C’est un triumvirat qui s’oppose aujourd’hui à la préservation de ce monument historique, triumvirat constitué de l’Université de Bordeaux, de la Société Scientifique d’Arcachon et de la Mairie d’Arcachon.

Les décideurs de ces organismes qui entendent dénier tout caractère historique à ce Musée-Aquarium seraient bien inspirés de mettre leurs idées et leurs actions en perspective avec celles d’un homme comme Paul Bert. Parce que s’ils ne le font pas, ils peuvent être assurés que le peuple d’abord et l’histoire ensuite, le feront pour eux.

Quelque temps avant cette déclaration, le 22 octobre 1867, Paul Bert est nommé suppléant de Pierre Flourens alors souffrant, à la chaire de physiologie au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.

Paul, Josephina et Henriette Bert quittent alors Bordeaux pour Paris. Paul ne sait pas qu’il y reviendra, trois ans plus tard, dans des circonstances dramatiques.

Mais encore en 1867, il publie, toujours dans les mémoires de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux :

Sur la mort dans l’eau douce des poissons de mer (deuxième note) pour laquelle il se présente comme « ancien professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux, professeur suppléant au Muséum d’histoire naturelle de Paris. »

Le 21 novembre lors du renouvellement du bureau de cette société savante bordelaise, il abandonne son Conseil d’Administration tout en restant adhérent et se disant professeur à la Faculté des Sciences de Paris.

Et en 1868, il publie dans les mémoires de cette société :

Les animaux voient-ils les mêmes rayons lumineux que nous ?

Professeur à Paris, il habite rue des Écoles où naît, le 23 juin 1869, sa deuxième fille, Pauline. Mais c’est dans son Yonne natale qu’il va s’intéresser à la politique locale, à la veille même de l’effondrement du second Empire. C’est l’époque aussi où il va prendre goût aux livres se constituant une importante bibliothèque qui finira par atteindre plus de vingt mille volumes et qui passait pour être l’une des plus complètes sur la guerre de 1870.

En juin 1870, il est candidat aux cantonales dans le canton d’Aillant-sur-Tholon et il est battu au second tour, n’obtenant que 29,50% des voix.

Le 30 septembre suivant, dans la débâcle, il est nommé Secrétaire général de la préfecture de l’Yonne, mais il n’aura même pas le temps d’être officiellement installé dans son poste, ayant rejoint Bordeaux pour se mettre à la disposition du gouvernement qui s’y est réfugié.

Le 15 janvier 1871, il est bombardé préfet du Nord. Le 25, il atteint Lille avec beaucoup de difficultés après avoir pris un bateau à Bordeaux. Trois jours plus tard, la France signe l’armistice et le 7 février, Paul Bert est contraint d’abandonner son poste de Préfet.

Le 1er mai suivant, il est élu conseiller municipal d’Auxerre et en septembre de la même année, il prend sa revanche à Aillant-sur-Tholon dont il devient le conseiller général.

La fin du second Empire avait poussé à la retraite le père de Sophie Wallerstein, l’ancien banquier Léopold Javal, qui s’était installé en son château d’Arès, sur les bords du Bassin d’Arcachon. Pourtant, c’est à Paris qu’il meurt le 28 mars 1872 en laissant vacant son siège de député d’Auxerre qu’il occupait depuis quinze ans.

Paul Bert au moment de son entrée à la Chambre des Députés.

Paul Bert au moment de son entrée à la Chambre des Députés.

Paul Bert n’est pas homme à s’effrayer du cumul des mandats. Il se présente aux élections législatives partielles organisées le 9 juin 1872, et il parvient à empêcher Emile Javal, fils aîné de Léopold, ingénieur des Mines qui s’était fait médecin ophtalmologiste dans le but de guérir sa sœur d’un vilain strabisme, de s’asseoir à l’Assemblée Nationale dans le siège de son père[13].

Il va rester député de l’Yonne jusqu’à sa mort.

Chercheur précoce, la quarantaine à peine entamée, l’essentiel de son œuvre scientifique est maintenant achevée. Ses derniers travaux concernent surtout la pression barométrique et les conséquences de sa variation sur les êtres vivants. Il publie chez Masson, en 1873 : Recherches expérimentales sur l’influence que les modifications dans la pression barométrique exercent sur les phénomènes de la vie. Il complètera ce travail en publiant, cinq ans plus tard, et toujours chez Masson : La Pression barométrique, recherches de physiologie expérimentale, un ouvrage de plus de mille pages qui fera l’objet d’une réédition par le C.N.R.S. en 1979.

On se souvient que trois aéronautes, Joseph Crocé-Spinelli, Théodore Sivel et Gaston Tissandier avaient souhaité mettre en pratique, à l’aide de leur ballon Zénith, les expériences de laboratoires faites par Paul Bert. Après avoir tenté le « plus loin », accompagnés de Claude Jobert et d’Albert Tissandier, en décollant le 23 mars 1875 de l’usine à gaz de la Villette pour atterrir le lendemain dans la ferme de Monplaisir à Lanton, ils s’étaient, cette fois seulement tous les 3, attaqués au « plus haut ». Le 5 avril suivant, ils s’envolaient de l’usine à gaz de la Villette à bord du Zénith avec lequel ils atteignaient l’altitude de 8 600 mètres. Malheureusement, quand le ballon s’était posé dans l’après-midi dans la petite commune de Ciron, dans l’Indre, la nacelle contenait les corps sans vie de Joseph Crocé-Spinelli et de Théodore Sivel. Seul Gaston Tissandier avait pu en réchapper.

Les attaques dont Paul Bert fera l’objet après cette catastrophe semblent avoir quelque peu douché son enthousiasme de chercheur scientifique.

Ami intime de Léon Gambetta, le 20 mars 1876 il a une troisième fille qu’il prénomme Léonie et qui sera la filleule laïque du grand tribun. Il entre dans son gouvernement le 14 novembre 1881 comme ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Le 26 janvier suivant, le gouvernement tombe. Paul Bert ne sera resté ministre que neuf semaines.

Après la mort de Léon Gambetta, intervenue le 31 décembre 1882, il devient président du parti de l’Union Républicaine.

A la tête de ce parti, il va entreprendre la réforme de l’enseignement public. Il sera, avec Jules Ferry, le fondateur de l’école obligatoire, gratuite et surtout laïque. Il déposera devant l’Assemblée de nombreuses propositions de loi et sera le rapporteur de la majorité des projets de l’époque relatifs à l’enseignement primaire et supérieur.

Le 24 novembre 1884, on le rencontre à nouveau Arcachon. C’est le journal local qui nous le rapporte :

« Il est bon de rappeler que M. Paul Bert, a, il y a vingt ans, trouvé à Arcachon les éléments qui lui étaient nécessaires pour l’accomplissement de travaux de physiologie des animaux marins. Depuis cette époque, il s’est toujours intéressé aux succès de notre station, et il n’a pas voulu quitter le département de la Gironde sans avoir visité Arcachon[14]. »

Le 31 janvier 1886, il est nommé résident général en Annam et au Tonkin. Il quitte Paris le 12 février. Huit mois plus tard, le 11 novembre 1886, il meurt de dysenterie à Hanoï.

Il avait 53 ans.

Avec sa ma mort s’ouvre alors le temps des hommages.

Hommages tardifs.

Le pays s’aperçoit qu’il vient de perdre un grand homme.

Qui n’était même pas décoré de la Légion d’Honneur, ce qui le rend éminemment sympathique.

En 1898, à Arcachon, le Conseil Municipal décide de donner à l’école communale, alors située dans la rue François-Legallais, le nom de Paul-Bert.

Ecole Paul Bert en 1910.

™cole Paul-Bert en 1910.

Si de très nombreuses villes françaises ont donné à l’une de leurs rues, de leurs places, de leurs écoles ou à leur collège ou leur lycée le nom de Paul Bert pour honorer ce grand homme, à la démarche similaire d’Arcachon s’ajoutait la reconnaissance de l’avoir vu fréquenter et défendre son Musée-Aquarium.

Il avait dit, dans un discours prononcé à l’occasion d’un banquet que lui avaient offert les instituteurs et les institutrices de France : « L’école d’abord. Je la souhaite belle, je la souhaite splendide. Je voudrais voir en elle, jusque dans le plus petit des hameaux de France, la plus belle des maisons du village. Je voudrais qu’elle soit ce qu’était pour nos pères, aux âges de foi, l’Église, la plus belle maison aussi du village. Car elle est comme l’Église, à la fois un lieu consacré et un symbole[15]. » L’école de la rue François-Legallais ne devait pas être la plus belle maison de la ville puisque la municipalité décidait, en 1905, de la reconstruire cours Tartas.

Ecole Paul Bert en 2010.

Ecole Paul Bert en 2010.

Cette école Paul-Bert reste pour beaucoup d’Arcachonnais, et pour d’autres aussi comme pour Jean-Paul Sartre par exemple, l’école communale de leur enfance.

Et si demain la Mairie mène jusqu’au bout son funeste projet de démolition de notre Musée-Aquarium, elle va faire des Arcachonnais, non seulement des vandales, ce qui n’est pas très glorieux, mais aussi de fieffés hypocrites pour laisser croire qu’en donnant à leur école le nom de Paul Bert, ils se seraient libérés de ce qu’ils lui devaient.

Et s’ils ne veulent pas ajouter le ridicule à la bêtise, il leur faudra donc débaptiser leur école communale.PB09

Une fois mort, Paul Bert fera donc l’objet de nombreuses commémorations sous différentes formes. Une souscription nationale permettra l’érection d’une imposante statue à son effigie au milieu du pont qui enjambe l’Yonne à Auxerre. Le statuaire était Émile Peynot. Coïncidence qui n’est pas sans nous interpeller, le Musée-Aquarium d’Arcachon, si cher à Paul Bert, se trouve aujourd’hui domicilié place du docteur Bertrand Peyneau.
Paul Bert repose au cimetière d’Auxerre dans une sépulture due à Frédéric Bartholdi, celui-là même qui a pourvu New York de la liberté éclairant le monde.

Le statuaire a fait graver comme épitaphe deux mots dans la pierre : Science et Patrie. Aujourd’hui, l’Université de Bordeaux, la Société Scientifique d’Arcachon et la Mairie d’Arcachon entendent ensemble substituer à ces deux concepts de Science et Patrie, ceux moins respectables de Spéculation et Profit.

Staue de Paul Bert à Auxerre

Staue de Paul Bert à Auxerre

La France ne perd pas sa mémoire, elle la vend.

La tombe de Paul Bert

La tombe de Paul Bert

Janvier 2011

Jean-Pierre Ardoin Saint Amand


[1] Léon Dubreuil, Paul Bert, Librairie Félix Alcan, Paris-1935, p. 8.

[2] Ibid., p. 16.

[3] Régiment qui n’est pas sans rappeler quelques souvenirs à votre serviteur, du temps où il était cantonné au camp de Souge.

[4] Dr Edgar Bérillon, L’œuvre scientifique de Paul Bert, Picard-Bernheim, Paris-1887, p. 74.

[5] Stéphane Kotovtchikhine, Paul Bert et l’Instruction publique, Editions Universitaires de Dijon, Dijon-2000, p. 36n.

[6] Mémoires de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux, Tome IV, 1er Cahier (suite), Chez J.-B. Baillière, Paris-1866, p. 47.

[7] Ibid., p. 55.

[8] Ibid., p. 58.

[9] Stéphane Kotovtchikhine, Paul Bert et l’Instruction publique, op. cit. p. 35n.

[10] Léon Dubreuil, Paul Bert, op. cit., p.18.

[11] Mémoires de la Société des Sciences Physiques et Naturelles de Bordeaux, Tome V, Chez J.-B. Baillière, Paris-1867, p. 137-138.

[12] Lettre adressée en 1863 à Pierre Savatier-Laroche, ancien député d’Auxerre, in P. De la Brosse, Une des grandes énergies françaises, Paul Bert, Imprimerie d’Extrême-Orient, Hanoï-1925, p. 62.

[13] Emile Javal s’en consolera en parvenant à se faire élire député de l’arrondissement de Sens, en 1885.

[14] L’Avenir d’Arcachon du dimanche 30 novembre 1884.

[15] Discours prononcé par M. Paul Bert à l’occasion du banquet qui lui a été offert par les instituteurs & les institutrices de France, le 18 Septembre 1881, Librairie Picard-Bernheim et Cie, Paris-1882, p. 28.

07Sep

3 commentaires pour “Paul Bert et Arcachon”

  1. Frédéric de Berthier dit :

    Bonjour,
    Alfred Thiénot est bien le fils d’Edme-Nicolas. Le colonel Alfred Thiénot, mon arr-grand-oncle, avait comme sa famille des biens à Auxerre et Gurgy.
    La Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne fut présidée par un autre de mes arr.-grand-oncle Cotteau.

    Avec mes encouragements,
    Frédéric de Berthier

  2. je suis aller dans cette école

  3. Sorry we do not speak French. We are the producers for the International Scuba Hall of Fame in the Cayman islands. This year we honor Paul Bert for his efforts in early development in decompression. We are very short of images for the show. We have a couple of chamber shots and a low res image of the statue but nothing else. Can you point us in the right direction to find images that we can use to honor the man properly. Check the website out at http://www.scubahalloffame.com/
    Jack and Sue Drafahl

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