L’étonnante histoire d’Alexandre Peyramale

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Les apparitions de Lourdes ont 160 ans cette année ? Quel lien avec notre Musée-Aquarium ?

À cet effet, lisez ci-dessous l’édifiante histoire d’Alexandre Peyramale.
Sur ce site, nous nous sommes intéressés à deux membres de la Société Scientifique, Élisa Lévêque de Vilmorin et son fils Henry. Ils portaient les numéros 21 et 22 dans la liste des 22 membres-fondateurs que comptait cette société savante.

Nous voudrions vous faire faire connaissance aujourd’hui du premier adhérent qui leur a succédé et qui est le plus ancien membre non-fondateur.
Il s’appelle Alexandre Peyramale et porte donc le n° 23.
Mais avant, replongeons-nous un instant dans le contexte de l’époque.

La création de cette Société Scientifique, l’organisation de l’Exposition Internationale de Pêche et d’aquiculture qui s’en suivit, tout cela nous paraît bien lointain et presque banal.
Et pourtant, cela ne l’était pas.
Arcachon est créé le 2 mai 1857.
Cette nouvelle ville aurait compté au jour de sa naissance quelque chose comme 400 habitants sédentaires.
Au recensement du 30 mai 1861, ils sont déjà 736.
A celui du 14 juillet 1866, 2 065.
De 1861 à 1866, soit en cinq ans, la population triple.
C’est la période de tous les possibles.

La devise de la nouvelle ville, heri solitudo, hodie vicus, cras civitas, maintes fois rebattue, nous fait aujourd’hui sourire par son côté folklorique.
Sauf qu’à ce moment-là, c’était une réalité que vivaient tous les jours les habitants de cette ville nouvelle.
Une réalité extraordinaire.
Qui engendrait quelques rivalités exacerbées bien compréhensibles dans ce véritable bouillonnement.
Aux élections de juillet 1865, le maire Alphonse Lamarque de Plaisance était brutalement remercié au profit du vicomte Charles Héricart de Thury.

Au même moment, la Société Scientifique décidait d’organiser une exposition internationale qui allait rassembler pas moins de 675 exposants venus d’on ne sait plus combien de pays étrangers.
Et qui allait être à l’origine de notre Musée-Aquarium.
Le Grand-Hôtel était en construction.

Toutes choses sortant véritablement de l’ordinaire.
Et on ne fait pas ce genre de choses avec des gens ordinaires.

Les 22 membres-fondateurs ne sont pas des gens ordinaires.
Ce sont tous des originaux à la personnalité marquée.

Le premier adhérent qui les rejoint ne peut pas non plus être ordinaire.
Et il ne l’est pas. Il est originaire d’une famille de Momères où son père était médecin, à sept kilomètres au sud de Tarbes sur la route de Bagnères-de-Bigorre.
Un père médecin dont on nous dira mensongèrement qu’il n’aurait connu que trois choses : son Dieu, son Roi et sa Médecine.
Alors qu’en vérité, il aura aussi parfois connu sa femme pour lui avoir fait pas moins de dix enfants dont on peut espérer qu’il s’en sera quand même occupé avant de mourir à 86 ans, en 1847.

L’aîné d’entre eux, Jean-Marie, né le 12 juillet 1801, fera les mêmes études que son père et s’installera médecin à Tarbes où il était aussi éleveur de chevaux. François, né le 4 février 1804, émigrera aux Amériques, au Pérou plus précisément, où il deviendra Directeur des Monnaies. Il se mariera et aura deux filles dont l’une, Delphine, épousera, à son tour, le frère de Garcia Moreno, Président de l’Équateur, mort en martyr en 1875.

Il y a aussi un premier Alexandre qui n’est pas celui qui nous intéresse et qui suivra les traces de son père et de son frère aîné, mais mourra en 1836 avant d’avoir fini ses études de médecine.  Il sera suivi le 28 juillet 1806 de Jeanne, Magdelaine, puis, le 28 septembre 1808, de Brigitte qui décèdera le 17 septembre 1810.

Après le groupe de tête, la fratrie se poursuit par une ribambelle de cinq garçons. Le premier, Dominique, né le 9 janvier 1811, se fera curé.  Je ne sais rien ni de Louis, Bernard, Emmanuel, né le 10 juin 1816, ni de Charles, Déner, né le 2 octobre 1818.  Ni d’un éventuel quatrième garçon.

Le dernier est sans doute notre Alexandre, né le 19 octobre 1823. Qui va servir l’État. Il commence sa carrière comme surnuméraire de l’enregistrement à Orthez pour accéder enfin au poste de receveur, à Vabres, petite commune du Cantal.

De cette famille, à partir de cette époque, nous n’entendrons plus parler que de trois frères : le curé, le docteur et le receveur, comme ils se désignent entre eux. Et de leur mère (disparue à 84 ans, le 17 mars 1862[00]) que chacun des trois appelle « Ma mère » quand il en parle à ses frères.

Au début de l’année 1850, Alexandre est muté dans l’Aveyron à Saint-Beauzély. Il va y rester 4 ans. Les hivers y sont particulièrement longs et rigoureux. Il en profite pour s’adonner à son violon d’Ingres : versifier. C’est une lettre de son frère curé qui nous l’apprend par une première lettre :

« Le 1er janvier 1852.

Mon bien aimé frère,

Tu fais bien pour te distraire de ton travail de receveur de t’amuser à la traduction dont tu m’as envoyé un morceau. Il y a de très jolis vers, des vers heureux. Du premier jet on ne peut pas avoir la perfection. Et en retouchant cela tu pourrais faire disparaître les taches qui s’y trouvent. Je ne te les signalerai pas. Ton bon goût les aura déjà remarquées. Continue sans travail excessif : cette traduction aura plus d’un intérêt[1].

Puis qui le confirme par une autre :

« J’ai gardé les chants de ton poème aveyronnais. Ils sont confiés à St Augustin. En feuilletant un de ces jours ce père de l’Eglise, je les ai revus. »

Ce même frère curé lui écrit, en février 1854 :

« Nous voici bientôt au mois de mars qui doit voir la fin de ton exil dans cette Sibérie française. »

Et enfin, le 31 août 1854, de Tarbes :

« Tu dois t’estimer très heureux d’être à La Teste dans ce moment. Le choléra sévit dans tout le département, même dans l’Aveyron, et te voilà envoyé sur le bord de la mer protégé de toute part contre le fléau dévastateur. […] Tu vois donc que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. »

A La Teste en effet, où il vient d’être été nommé receveur de l’enregistrement et des domaines. Et où il s’installe sans doute dans un logement fourni par l’Administration.

Ce frère curé va prendre l’habitude de venir lui rendre visite régulièrement, ne serait-ce parce que c’est un adepte convaincu des bains de mer qui fortifient sa santé souvent fragile.

Il est toutefois difficile de donner une date précise de sa première venue à La Teste. Ses charges paroissiales l’obligent en effet souvent à reporter la date primitivement retenue. Surtout la première année, en 1855. Peut-être ne viendra-t-il pour la première fois sur les bords du Bassin, qu’en mai 1856. L’intégration locale d’Alexandre ne semble pas avoir posé de problèmes particuliers. Il a repris ses habitudes hivernales pour lesquelles son frère lui donne des conseils :

« Le 5 décembre 1855.

Mon cher receveur,

Si tu montes Pégase dans ces soirées d’hiver, que ce soit pour te délasser. Ne fais pas avec lui des courses trop longues. Soigne ta santé, vis content, courtise les muses si tu trouves du charme dans leur commerce. »

Sa situation sociale et financière progresse normalement. A l’été 1860, 6 ans après son arrivée, il peut déjà faire l’acquisition d’une maison à Arcachon.
Le frère docteur l’en félicite :

« Momères, le 19 octobre 1860.

Cher frère,

Te voilà donc propriétaire à Arcachon. Maison, beau et bon jardin avec beaucoup d’arbres fruitiers, c’est précieux. »

La maison est sise au début du cours Desbiey. Le cours Desbiey débute au passage à niveau. À l’époque, il était bordé sur tout son côté droit, quand on venait de Bordeaux, par les usines à gaz et à eau. Je n’ai pas été capable de localiser précisément cette maison. Dans un guide[2] de 1872, les propriétaires du cours Desbiey sont référencés comme suit :
Usines à Gaz et à Eau,
Maysseng, maçon,
Peyramale, receveur des Domaines, à la Teste,
E. Pereire, villa Hérold,
E. Pereire, villa Halévy,
E. Pereire, maison du chêne,
etc.

Ce qui délimite un grand périmètre pour situer cette maison d’autant plus que ces renseignements ne permettent pas de déterminer de quel côté du cours, qui ne comportait pas encore de numérotation, elle s’établissait.

L’opération avait dû être assez fructueuse pour qu’Alexandre envisage de la renouveler, deux ans plus tard. Fructueuse mais risquée, parce que son frère curé va le mettre en garde à plusieurs reprises :

« Le 10 juillet 1862.

Mon cher receveur,

J’oubliais de te recommander de ne pas imiter la conduite du docteur dans la vente de ses chevaux. Si tu trouves un prix convenable de ta petite propriété, vends-la. Ne nous créons pas de déplaisir pour une chose pareille. »

« Le 17 novembre 1862.

Mon cher receveur,

Je ne veux pas terminer ma lettre sans te recommander de ne pas te jeter dans la spéculation. Mange en paix tes bons appointements. Ne t’aventure pas dans ce ravin. »

Au même moment, il publie chez un libraire parisien un recueil de poèmes de Claude Peyrot. Édité à Paris, mais imprimé à Tarbes.

Claude Peyrot (1709-1795), prêtre, prieur de Pradinas, dans l’Aveyron, a laissé des poésies dont Les Quatre Saisons écrites en langue d’oc et qu’Alexandre a entrepris de transposer en français. En vers français :

« L’œuvre de Claude Peyrot a ce mérite, et en outre elle est empreinte d’une belle et riche poésie, que je me suis appliqué à reproduire avec le moins d’altération possible, en supprimant toutefois des détails qui m’ont paru insignifiants et modifiant des images triviales et peu décentes, qui ne convenaient point au génie de la langue Française, si recherchée dans sa parure et si prompte à s’effaroucher[3]. »

Exemplaire des Saisons par Alexandre Peyramale.

Un ouvrage rarissime qu’une fois encore Google est allé dénicher, pour le numériser, dans une bibliothèque américaine, en l’occurrence celle de l’Université Columbia à New-York.

http://books.google.fr/books?id=cU1DAAAAYAAJ&dq=%22les+saisons%22+peyrot&printsec=frontcover&source=bl&ots=fbujkBunfy&sig=qabThABg0ojfXpZLU9NEgJENzRw&hl=fr&ei=0f5NS9KSMsm14QbL1oHyDw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAcQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false

Un ouvrage qui montre aussi que l’activité de receveur d’Alexandre à Saint-Beauzély lui avait laissé le temps de se familiariser avec le patois local.Il avait dû s’investir dans la promotion de son ouvrage[4] parce que son frère curé lui écrit :

« Le 21 décembre 1862.

Mon cher frère,

Tes deux articles ont fait fortune. Le dernier a soulevé, ici, à Pau, des tempêtes, d’où j’ai ressenti le contrecoup. Il était parfaitement écrit mais peut-être un peu agressif. »

A l’été 1863, la Société Scientifique est créée qui se met alors à la recherche d’un local pour pouvoir préparer et entreposer les premières pièces de la collection destinée à garnir le futur musée. Et c’est alors qu’Alexandre Peyramale lui propose sa propre maison.

Cela n’a rien d’étonnant, parce que les deux hommes, Xavier Mouls, président de la Société Scientifique et curé d’Arcachon et Alexandre Peyramale, devaient se fréquenter régulièrement.

Sensiblement du même âge, tous les deux « estrangeys » à La Teste où ils étaient arrivés presqu’ensemble, Mouls en mai 1854 et Peyramale trois mois plus tard. De plus, Peyramale venait de Saint-Beauzély, dans l’Aveyron, le département d’origine du curé d’Arcachon.

A La Teste, ils faisaient tous les deux partie de cette toute petite minorité de gens ayant fait des études et des études supérieures de surcroît.

Michel Boyé nous dit :

« L’abbé Mouls signala alors que la Société avait reçu « de M. Peyramale, en même temps qu’une demande d’admission, l’offre à titre gratuit d’une maison pour la saison d’hiver ». La proposition fut agréée « avec empressement » ; la maison pouvait servir de « laboratoire », notamment « pour la préparation des pièces du Musée[5] ». »
Alexandre Peyramale offre donc, à la toute nouvelle Société Scientifique, un toit pour son Musée qui était encore présentement sans domicile fixe.

Non seulement la proposition est agréée, mais Alexandre Peyramale est pour l’occasion aussitôt adoubé membre de la Société Scientifique d’Arcachon dont le conseil d’Administration décide même de le dispenser de sa première année de cotisation en remerciement du service rendu.
Rien ne permet de savoir si sa proposition fut suivie d’une exécution et si les premiers éléments des collections destinées au futur Musée furent entreposés dans sa maison.

Alexandre poursuivra sa carrière de receveur à La Teste. Ses frères, le docteur et le curé, feront des pieds et des mains auprès de tas de gens influents pour essayer de lui faire obtenir une promotion.

Sans résultat.
Alors ils lui donneront des conseils à chaque occasion, surtout le frère curé :

« Le 27 décembre 1863.

Mon cher receveur,

Je conviens avec toi que les nouvelles mesures prises par votre administration sont assez étranges, et surtout de nature à blesser tout noble cœur. Dans ce siècle on veut de l’argent à tout prix, par tous les moyens : c’est l’âge d’or. Que faire ? Ne pas pâtir des sottises d’autrui, garder son indépendance, vivre en paix et travailler dans la mesure de ses forces.

Nous, gens d’église, qui prêchons la chose, nous la pratiquons : il n’y a pas de meilleur parti à prendre. Viens donc puiser de cette bonne philosophie. Depuis quelque temps j’ai appris à vivre. Je me suis fait un cœur d’airain. Je vis au milieu des luttes : et je vis tranquille et content. Impavidum ferient ruinæ. Il serait étrange que les philosophes chrétiens ne fussent pas à la hauteur des séduisants philosophes du paganisme. »

« Le 16 septembre 1864.

Mon cher receveur,

J’ai été bien heureux de lire les bonnes notes qui te sont données et par ton directeur de Bordeaux et par le directeur général. Je m’en réjouis en pensant que ces témoignages de satisfaction mettront un peu de baume sur tes plaies. Pour moi, quoique tu puisses te plaindre de l’administration, j’étais convaincu que l’administration ne se plaignait pas de toi ; et j’étais loin de penser que l’on te laisserait plusieurs années dans la même classe.

Tu dois conclure de cela que tôt ou tard on est récompensé d’avoir bien fait. Dans ton cas il est une récompense assurée c’est le témoignage de la conscience, celle des hommes vient à son jour, et celle de Dieu ne manque jamais.

Sachons vivre dans l’indépendance du jugement des hommes ; soyons d’accord avec notre conscience et avec Dieu, et le reste nous sera donné comme par surcroît. […]

Maintenant que ton vérificateur est passé et que tu es convaincu de la bienveillance de l’administration à ton égard modère tes ardeurs juvéniles, travaille avec modération et fais beaucoup d’exercice. Tu es pour cela dans les meilleures conditions surtout à partir de ce jour. Une promenade à Arcachon est chose délicieuse en automne et en hiver. »

Ce même automne 1864, notre receveur rencontre enfin l’âme sœur. Il était temps, il a 40 ans. Elle est de Bordeaux où ses parents vivent.
Le frère curé se fend une fois encore d’une lettre :

« Le 5 novembre 1864.

Mon bien cher frère,

Un établissement ne se fait pas sans entraîner des difficultés de tout genre. Il faut s’armer de courage et de patience. N’es-tu pas déjà trop heureux d’avoir découvert cette odorante violette au milieu des épines de la Babylone que baigne la Gironde ? Ce sera le trésor, le parfum de toute ta vie. Il est écrit dans les saintes écritures qu’une femme accomplie c’est un don que Dieu fait à ceux qu’il aime. »

Le 22 février 1865, il épouse donc à Bordeaux, Mathilde, Zélia, Léontine Ricard sur laquelle je n’ai guère de renseignements, sinon qu’elle était née à Gramat, dans le Lot, le 9 juillet 1836, ce qui lui faisait 13 ans de moins que son mari.

Cette violette odorante était donc encore célibataire à près de 29 ans.
On comprend dès lors pourquoi son frère parlait d’une femme accomplie.

Au recensement de 1861, il y avait boulevard de la Plage un limonadier âgé de 39 ans répondant au nom de François Ricard. Au recensement suivant, il est devenu cafetier et chef de famille pour avoir un fils, Louis Ricard, âgé de 14 ans. Au même moment, et un peu plus loin sur le boulevard, réside Emilie Ricard, dite aubergiste, 37 ans et aussi chef de famille.  Ces gens-là avaient-ils un lien de parenté avec Zélia Ricard qu’épouse notre Alexandre Peyramale ? Je ne le sais pas, mais à force de fouiller, j’ai découvert que le père de Zélia, Antoine Ricard, demeurant au 156 de la rue du Palais Gallien, était lui-aussi receveur de l’enregistrement.  A Bordeaux.

Était-ce le supérieur hiérarchique d’Alexandre ?  Cela se pourrait bien.  D’autant que l’examen de l’identité de ses témoins montre qu’il n’avait pas hésité à joindre, dans cette cérémonie, l’utile à l’agréable.  Il y avait là, le ban et l’arrière-ban de l’Enregistrement et des Domaines :

Louis Calmon[0], 67 ans, directeur des Domaines, Paul-Aimard Le Bourgignon-Duperré, 54 ans, inspecteur des Domaines, Alfred Calmon, fils de Guillaume, 30 ans, premier commis de la Direction des Domaines et enfin, Édouard de Laborie, 60 ans, receveur du Timbre.

Une façon comme une autre, pour Alexandre, de s’assurer dorénavant de bonnes notes de la part de son Administration.

En octobre, prévoyant un agrandissement de sa famille, le nouveau marié achète une maison rue Neuve, à La Teste.  Il était temps, parce que le 27 novembre 1865, il va déclarer à la mairie de La Teste la naissance de son fils aîné, Louis, Dominique, Léon Peyramale.  Pour cette démarche, il est accompagné de deux témoins en la personne de Pierre Castelnau, receveur de l’octroi et d’Alexandre Daney, employé de la mairie.  La qualité de ces témoins montre qu’il n’évoluait pas dans le même milieu social qu’un Paul Lacoin, par exemple.  Hélas, le 23 juillet 1866, il reviendra à la mairie déclarer la mort de son fils Louis. Pour l’occasion, les deux témoins seront Jean Moureau, propriétaire, et Jean Boyé, charpentier, voisins du déclarant.

Le 10 septembre 1869, il déclare la naissance de son second fils, François, Louis. Il habite toujours rue Neuve à La Teste et ses témoins sont le père et le fils Castelnau, Jean et Pierre.

La France entre alors dans une période troublée qui semble n’avoir pas été sans conséquences difficiles pour le receveur de l’enregistrement de La Teste ou du moins pour sa situation financière. Le 14 décembre 1872, le frère curé écrit à sa belle-sœur Zélia pour s’en préoccuper :

« Ma chère belle-sœur,

J’ai été bien aise d’apprendre par votre lettre que vous connaissiez la position de mon frère quoi qu’elle ne soit pas brillante, tant s’en faut.

Il y a longtemps que je lui avais dit que c’était un devoir pour lui de mettre sa femme au courant de toutes ses affaires. Vous pourriez lui donner de bons conseils ; et puis c’était votre droit. Le cher frère a sur ce sujet d’étranges théories qui portent atteinte à la dignité de la femme chrétienne.

Je pense que vous êtes d’avis, avec vos parents, qu’il faut sortir au plus tôt de cette situation qui ne ferait qu’empirer depuis ce jour ; il n’y a pas à balancer : il faut vendre les immeubles d’Arcachon et de La Teste. S’ils ne donnent pas assez d’argent pour payer tout ce que vous devez, vous diminuerez de beaucoup la dette. »

Le 4 février 1873, cela fait bientôt 20 ans qu’il officie à La Teste, il a 49 ans et il vient encore à la mairie déclarer la naissance d’un fils, Denis, Dominique, Antoine. Il utilise les services des mêmes témoins que la fois précédente, le père et le fils Castelnau.  Quatorze jours plus tard, le curé envoie une nouvelle lettre inquiète à sa belle-sœur Zélia :

« Ma chère belle-sœur,

Les nouvelles que vous me donnez m’ont causé la plus douloureuse surprise. J’avais demandé à Alexandre, lors de mon dernier voyage à La Teste, de me dire franchement sa position. Il me dit qu’avec 5 000 frs., il ferait honneur à ses affaires. De retour à Lourdes, j’empruntais cet argent, et le lui envoyais. Jugez après cela quel a été mon étonnement en apprenant qu’il devait une quinzaine de mille francs.

Je ne comprends pas comment il a pu dépenser tant d’argent. Depuis dix ans nous lui avons donné plus de douze mille francs.

Ce que je comprends moins encore, c’est son défaut de franchise et de sincérité avec moi, et qu’il ne vous communique pas à vous toutes ses affaires. »

Sans doute les maisons ont-elles été vendues et les dettes payées.  En janvier 1875, Alexandre est nommé receveur-conservateur à Lourdes où il ne va rester que deux ans avant de rejoindre une nouvelle affectation à La Flèche (Sarthe). Mais tout cela ne fait pas de lui un personnage véritablement à part.

Ce qu’il y a d’extraordinaire dans sa vie, c’est qu’il va être à La Teste, en mars 1858, destinataire d’une lettre historique. C’est son frère le curé qui la lui envoie. Elle est datée du 9 mars 1858.

C’est le premier écrit dans lequel le curé de Lourdes expose en détail les évènements extraordinaire qui se déroulent depuis quelques temps dans sa paroisse où une jeune-fille de 13 ans, analphabète, s’est mise à voir régulièrement la vierge Marie.

Une histoire qui allait faire quelque bruit.

Le texte de cette lettre historique se retrouve in extenso, par exemple, dans le tome 1 de Lourdes, Dossier des documents authentiques du père René Laurentin[6]. Avec un fac-similé du dernier feuillet.

Lettre du curé

Lettre du curé (2e feuillet)

Lettre du curé (3e feuillet)

Je vous en propose en note[7] une version plus près de la réalité parce que René Laurentin fait abstraction, entre autres, de la manie de Dominique Peyramale de ne presque jamais utiliser de majuscule.

Alexandre Peyramale est donc le frère du curé de Lourdes en fonction au moment de ces apparitions.

Ce dernier, plus âgé que son frère d’une douzaine d’années, avait été nommé desservant de la paroisse de Lourdes en novembre 1854 alors qu’il espérait celle plus importante de Vic-en-Bigorre.

Il écrivait à Alexandre, à La Teste, le 20 novembre 1854 :

« Mon cher Receveur,

[…] Tout en t’écrivant, il m’est venu dans la pensée : ici le bureau (de receveur) de Lourdes serait pour toi de l’avancement. Dirais-tu que Monseigneur l’Évêque vient de me proposer cette cure vacante depuis quelques jours. J’ai refusé de la manière la plus formelle. Depuis trois jours, l’évêque insiste. Si j’avais l’espoir que Lourdes pût te convenir j’accepterais la cure à condition que le ministre en me nommant curé te nommât receveur. J’ignore si l’évêque voudra m’y envoyer malgré mon refus. Il a été dans cette circonstance d’une courtoisie parfaite. Il n’y a qu’à vivre pour voir, je crois qu’il n’y a de vrai que le proverbe. Il est entendu que ceci ne sera confié qu’aux ondes du bassin d’Arcachon. Ici personne n’en sait rien. Si je devais partir, je te l’écrirais… »

Finalement, Dominique Peyramale se résolvait à obéir à son évêque et prenait la responsabilité de la paroisse de Lourdes au printemps 1855, au moment où le choléra y sévissait.

De son côté, comme on l’a vu, Alexandre restait sagement receveur à La Teste.

Il va alors se passer quelque chose d’assez étonnant. Dominique Peyramale, qui à l’évidence a pris son nouveau poste à contrecœur, exige rapidement que la vielle église paroissiale de Lourdes soit détruite pour être remplacée par une plus vaste.

« Dès l’année de sa nomination, le nouveau curé de Lourdes conçut le projet d’offrir à la communauté chrétienne, dont il avait désormais la charge, une église digne d’elle. Pourtant, ce n’est qu’au début de l’année 1857 que le conseil municipal commença à se préoccuper de l’insuffisance de l’église Saint-Pierre. Le 13 janvier de cette année, décision était prise de charger l’architecte diocésain Durand d’étudier la possibilité d’agrandir l’église paroissiale, « soit dans le sens de son axe, soit dans le sens latéral ». […]

Des doutes ayant été émis au sein du conseil, quant à la capacité de l’édifice à supporter les modifications projetées sans diminuer la solidité des murs lézardés, notamment ceux de la tour du clocher, et des critiques formulées quant au coût de l’entreprise, évalué à 39 856,28 francs, le maire proposa de reconstruire entièrement la vieille église sur de plus vastes proportions. […]

Malgré l’approbation du conseil à la majorité de 17 voix, le projet ne reçu aucun début d’exécution[8]. »

Il n’y avait en effet aucune nécessité à ce remplacement. L’église Saint-Pierre fort ancienne, bâtie au milieu du Moyen-âge, restait d’une taille en harmonie avec l’importance de la population. Si elle avait encore été un peu chahutée, lors du dernier léger tremblement de terre intervenu en juillet 1854, elle avait fait l’objet de réparations satisfaisantes.

En 1855, Dominique Peyramale avait 44 ans. Il n’avait encore jamais démoli ni reconstruit une église de toute sa carrière. Ni jamais émis le désir de le faire. C’était donc une première pour lui.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que cette envie incongrue de démolir l’église de Lourdes pour la reconstruire était venue de La Teste. De La Teste où habitait son frère Alexandre. De La Teste où officiait Xavier Mouls, desservant de la chapelle d’Arcachon, et coutumier de ce genre d’opération.  Celui-ci, à 33 ans, avait déjà démoli et reconstruit l’église de Cazaux, sur la commune de La Teste. Celle de Lagorce-Montigaud. Et il envisageait déjà de démolir et de reconstruire la chapelle d’Arcachon.  En règle générale, il démolissait et reconstruisait le sanctuaire de toutes les paroisses qu’on lui confiait. C’était sa méthode à lui de progresser plus rapidement dans la hiérarchie ecclésiastique plutôt que d’attendre d’être remarqué par son évêque.

Alors comment cette idée était-elle parvenue jusqu’à Dominique Peyramale pour qu’il la fasse sienne ? Est-ce simplement par l’intermédiaire de son frère Alexandre lui racontant par écrit les exploits de l’abbé Mouls ? Est-ce lors de discussion de vive voix avec son frère, à l’occasion d’un de ses premiers déplacements à La Teste ? Ou est-ce encore peut-être directement pour avoir rencontré cet abbé Mouls quand il venait voir son frère Alexandre à La Teste ? Quoi qu’il en soit, le curé Peyramale va se mettre à harceler l’évêque, le Conseil Municipal, le Préfet pour leur demander la démolition et la reconstruction de son église.

Sans succès.

Pendant 3 ans.

Et puis tout à coup, la Vierge Marie vient à son secours. Elle va apparaître 18 fois à Bernadette Soubirous, entre le 11 février et le 16 juillet 1858. Mais elle ne lui aurait parlé qu’à 9 reprises[9]. Et cinq fois sur neuf, elle lui demande qu’on lui construise une église.

« Allez dire aux prêtres qu’on bâtisse ici une chapelle. »

Je reste stupéfait que dans toute la littérature qui entoure le phénomène de Lourdes, et elle est pléthorique, personne n’ait jamais remarqué, ou voulu faire remarquer, cette bien étrange convergence entre le désir frustré du curé de Lourdes de reconstruire son église et l’exigence cinq fois répétées par l’apparition, de voir édifier une nouvelle chapelle à Lourdes.

Une invraisemblable coïncidence capable d’expliquer bien des choses…  Avec sa nouvelle alliée, le curé Peyramale, tout au moins dans un premier temps, n’aura pourtant pas plus de succès que précédemment. Alors qu’à Arcachon, Xavier Mouls pose la première pierre de l’église Notre-Dame en 1856, même s’il lui faudra attendre encore deux ans pour que les travaux commencent vraiment. Sa nouvelle église sera livrée au culte dès 1861. Les travaux de l’église de la grotte de Lourdes ne débuteront, eux, que le 13 octobre 1862.

Le curé en avertit son frère à La Teste :

« Lourdes, le 17 novembre 1862.

Mon cher Receveur,

J’ai enfin obtenu que l’on bâtisse un monument digne de la reine des cieux. Je crois bien qu’il n’y aura pas dans le monde quelque chose de plus pittoresque, d’un aspect plus grandiose. Comme l’on pense que j’y suis, j’ai un peu poussé à la roue. On me fait compliments de toute part. Il ne s’agit plus que d’avoir de l’argent, beaucoup d’argent ; il en faut beaucoup. Nous fendons dans les abîmes et nous voulons nous élever jusqu’aux cieux. Jusqu’à présent les offrandes arrivent ; et quand on verra le monument s’élever elles viendront plus abondantes encore. »

Dominique Peyramale voulait, à Lourdes, absolument donner un nouveau toit à la Providence. De son côté, son frère Alexandre avait proposé, à Arcachon, un toit pour la Science. Étaient-ils tous les deux animés des mêmes motivations et poursuivaient-ils les mêmes objectifs ? Dominique Peyramale, écarté du domaine de la grotte en 1866, sera obligé de se replier sur sa paroisse de Lourdes et sa vieille église Saint-Pierre. Cinq ans plus tard, il repartira en croisade pour la démolir et la reconstruire.

Toujours sans succès.

Peut-être est-ce l’arrivée sur place du nouveau receveur-conservateur, qui n’était autre que son frère Alexandre, qui lui redonnera du cœur à l’ouvrage. Au même moment, en effet, en juillet 1875, il fera distribuer à tous les curés de France cette lettre circulaire dans laquelle il écrit :

« Ma pauvre et vieille église, bâtie vers l’an 950, c’est-à-dire à l’époque où la ville comptait à peine un millier d’habitants, est devenue absolument insuffisante pour une population qui s’est accrue de siècle en siècle et qui dépasse aujourd’hui cinq mille âmes.

Depuis bientôt vingt ans que je suis curé de Lourdes, j’ai été constamment préoccupé de cette situation, qui est un grand obstacle au bien ; et déjà, dès la première année de mon installation, j’avais songé à construire une nouvelle église et fait quelques efforts dans ce but.

[…] Devant la demande, faite par la Vierge, d’un temple à ériger aux roches Massabielle, j’ajournai immédiatement mes projets, pour me consacrer à réaliser, autant qu’il était en moi, la volonté exprimée par la Mère de Dieu.

Maintenant que la piété du monde chrétien a répondu à l’appel de Marie et que la royale Basilique est à peu près terminée, je reviens, comme c’est mon devoir, aux besoins spéciaux et aux nécessités de ma chère paroisse. Je retrouve ces besoins plus grands et ces nécessités plus pressantes. […]

Je me rappellerai toujours la parole de l’un des évêques, récemment nommé à un diocèse des colonies : « En prenant le nom, non pas de Notre-Dame de la Grotte, mais bien Notre-Dame de Lourdes, la Vierge divine a marqué la volonté d’avoir aussi à Lourdes même un temple digne d’elle. »

Pour exécuter cette volonté, je vais donc mettre encore une fois la main à l’œuvre. La ville ne peut me venir en aide que dans des proportions minimes. Je vais commencer cette église comme fut commencée celle de la Grotte : par un acte de foi en la Vierge puissante, par un acte d’espérance dans le concours du peuple fidèle, et particulièrement de la France chrétienne[10]. »

Et effectivement il s’engageait dans la construction de cette église avec un financement en grande partie pris sur ses biens propres. La première pierre était posée le 28 juillet 1875. Très vite à court d’argent, le curé Peyramale ne pouvait plus honorer ses engagements. Les travaux étaient interrompus par l’entrepreneur le 12 février 1877 dans l’attente de l’apurement de sa créance.

Le frère du curé et du receveur, le docteur Jean-Marie Peyramale, mourait le 28 avril 1877. Il était resté célibataire. Le curé le suivait dans la mort, le 8 septembre suivant. Lui évitant ainsi l’infamie d’être déclaré failli par le tribunal devant lequel il avait été assigné.

En perdant coup sur coup ses deux frères, Alexandre, ayant perdu toute sa famille, quittait Lourdes pour La Flèche, sa nouvelle affectation. En héritant de ses frères, il héritait surtout des dettes du curé dont il allait avoir beaucoup de mal à se débarrasser. Cela allait l’occuper pendant 20 ans.

« Personne, en effet, au lendemain du décès de Mgr Peyramale, n’ayant voulu accepter la responsabilité de l’entreprise, M. A. Peyramale crut qu’il était de son devoir, pour sauvegarder la mémoire de son frère, de reprendre la direction de l’affaire, et cela malgré les observations formelles de l’entrepreneur qui ne lui reconnaissait aucun pouvoir, aucun droit pour continuer l’exercice d’un mandat qui avait été confié personnellement à Mgr Peyramale par la Fabrique autorisée par l’Evêque de Tarbes.

Il ne sous servirait de rien d’examiner ici les moyens bons ou mauvais – plutôt mauvais – qu’employa M. A. Peyramale pour tenter de mener à bien l’entreprise dont il assumait la charge ; ce que nous savons seulement, c’est que mal lui en prit d’avoir accepté le lourd fardeau de cette responsabilité, car il y a engagé son avoir personnel[11]. »

À l’issue d’une procédure judiciaire qui allait durer pratiquement 20 ans, il lui restait à devoir à l’entrepreneur pas moins de 608 241 francs sur lesquels la ville de Lourdes acceptait d’en prendre 100 000 à sa charge.

Couverture du livre d’Alexandre Peyramale.

Couverture du livre d’Alexandre Peyramale.

Émile Zola en passant à Lourdes en 1892 était scandalisé de voir que le curé Peyramale dormait de son dernier sommeil dans la crypte inondée à chaque pluie d’une église à moitié construite. Il publiait deux ans plus tard un roman, Lourdes, dans lequel il faisait honte aux catholiques du manque de reconnaissance qu’ils affichaient ainsi à l’égard du curé Peyramale.

En 1898, cela finissait par réveiller quelques consciences, et aussi par ouvrir quelques porte-monnaies, permettant de trouver un accord avec l’entrepreneur et de libérer Alexandre Peyramale de ses dettes.

Juste au moment où celui-ci s’engageait dans la publication de deux ouvrages. Le premier[12] de 140 pages écrit en vers glorifie la visite du tsar Nicolas II à Paris au début du mois d’octobre 1896 et le second[13] est consacré à Lourdes, son histoire et celle du curé Peyramale. Un livre de 270 pages, assez maladroit, mal construit et sans doute destiné, à 74 ans, à se libérer des remords qui le poursuivaient encore de n’avoir jamais soutenu son frère lorsqu’il était vivant et même d’avoir été plutôt une charge pour lui.

Les travaux de l’église reprenaient et duraient jusqu’en 1936, date de la finition définitive de la nouvelle église paroissiale du Sacré-Cœur de Lourdes.

Après, il faut le préciser, qu’une âme bien intentionnée y ait mis le feu dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1896, la vieille église Saint-Pierre était rasée au printemps 1905.

Un ½ siècle après que le curé Peyramale ait jugé que sa démolition était une urgence absolue.

Cette église du Sacré-Cœur, qui aura beaucoup occupé les deux frères Peyramale, est le monument le plus important de Lourdes, celui sans lequel cette ville ne serait certainement pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui. De la même façon, notre Musée-Aquarium est un monument essentiel d’Arcachon pour forger une partie de son âme.

Aujourd’hui, force nous est de déplorer qu’ils soient tous les deux réunis dans la même absence de toute protection des Monuments Historiques.

J.-P. Ardoin Saint Amand


[0] Petit-fils de Guillaume Calmon qui avait été avocat et membre de l’Assemblée Constituante. Neveu de Jean Calmon, lequel avait fait carrière dans l’administration de l’Enregistrement et des Domaines pour avoir débuté comme receveur avant de devenir administrateur, directeur et enfin directeur général après avoir épousé la nièce de son prédécesseur au poste de directeur général de l’Enregistrement et de Domaines. Cette famille Calmon était originaire du hameau de Sol del Pech sur la commune de Carlucet, à moins de 15 kilomètres de Gramat, dans le Lot.

[00] Née Françoise Deffis au sein d’une famille de Momères honorablement connue ayant donné un maire à cette commune, Jean Deffis (maire de Momères en 1802-1803) et un sénateur au pays : Général Armand Deffis (Momères le 6 février 1827 – Bagnères-de-Bigorre le 25 octobre 1892)

[1] Toutes les correspondances citées proviennent du fonds d’archives Lasserre.

[2] H. Massicault, Guide illustré d’Arcachon et du Littoral avec notice anglaise, Imprimerie Centrale A. de Lanefranque, Bordeaux-1872-73, p. 148.

[3] A. Peyramale, Les Saisons. Poème patois par Claude Peyrot traduit en vers français, A. Sorbet, Paris-1862, p. II.

[4] Il en publiera une seconde édition à Bordeaux, en 1896, à l’imprimerie de Demachy, Pech et Cie.

[5] Michel Boyé, Une institution respectable, la Société Scientifique d’Arcachon (I) in le bulletin n° 128 du 2ème trimestre 2006 de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, p. 13.

[6] René Laurentin, Lourdes. Dossier des documents authentiques. Tome 1. Au temps des seize premières apparitions 11 février-3 avril 1858, Deuxième édition revue et corrigée, R. Lethielleux, Paris-1957, p. 229-231.

[7] Lourdes, le 9 mars 1858.

Mon cher receveur,

Mr Lamothe ton compagnon d’infortune m’a envoyé une caisse de bouteilles de vin. j’ai été très touché de ce souvenir. tu trouveras ci-inclus une lettre de remerciement pour lui. tu auras la bonté de compléter l’adresse et de confier la missive au chemin de fer. je ne toucherai pas aux bouteilles. elles appartiennent de droit aux noyés de Riscle ; eux seuls les boiront.

j’ai reçu aussi ta caisse de poissons qui ont été trouvés délicieux. je te remercie de cet envoi en te priant de t’en tenir à celui-là. les arêtes ne vont pas à mon gosier malade.

en ouvrant cette lettre, tu as dû te demander pourquoi je prenais contre mes habitudes, du papier à grand format. Je me hâte de t’en donner la raison. J’ai à t’entretenir d’un phénomène qui s’est passé à Lourdes, et qui doit être un fait divin ou un fait phisiologique inouï peut-être, et que la science aura bien de la peine à expliquer. tu jugeras.

Le jour que tu es parti pour Bordeaux, ou la Teste, le jeudi gras une enfant de Lourdes, de 12 à 13 ans, était sur les bords du gave non loin de la ville avec quelques-unes de ses compagnes. arrivée en face d’une grotte elle appercoit comme une dame vêtue d’une robe blanche, un voile blanc sur la tête, une ceinture bleue, et des souliers jaunes avec une rose sur chacun. elle tenait un chapelet à la main. surprise cette enfant se tourne vers ses camarades en leur criant : regarder, regarder ! quoi donc ? lui dirent-elles. nous ne voyons rien. sur ce les filles se retirent. elles y reviennent le dimanche suivant. la même apparition à la même fille. elle avait eu la pensée d’emporter de l’eau bénite : elle lui en jette, et l’apparition de sourire et de s’approcher. le jeudi la fille y revient encore. cette nouvelle s’était répandue dans la ville, quelques curieux ou curieuses donnèrent à l’enfant une feuille de papier, une plume et de l’encre pour les présenter à la vision. elle les lui présente ; la vision lui dit : je n’ai rien à t’écrire, fais moi seulement la grace de venir pendant quinze jours. Je te dirai ce que je veux.

chaque matin la fille est allée à la grotte. en arrivant elle allumait un cierge, prenait son chapelet pour le réciter. à la première,  ou seconde dizaine la vision avait lieu, et cette enfant était ravie en extase. les personnes qui l’ont vue dans ce moment, et elles sont nombreuses, et de tous les sexes, et de toutes les conditions, et de tous les rangs, ces personnes affirment qu’on ne voit rien de semblable sur la terre. sa figure se transformait, un sourire ineffable courait sur ses lèvres. elle n’était plus de ce monde. tu comprends que la ville s’est émue de cet événement. la police est intervenue. elle a menacé cette enfant de la mettre en prison jusqu’à l’âge de 21 ans si elle revenait à la grotte. il n’y a pas eu moyen de l’en empêcher. elle a répondu à toutes les questions, à toutes les intimidations, avec une raison et une fermeté au-dessus de son âge. le procureur impérial l’a mandée aussi au parquet : elle lui a dit : vous pouvez empêcher de venir à la grotte les curieux pour moi vous ne m’en empêcherez pas. il a fallu la laisser faire. et l’on attendait avec impatience le dernier jour. jeudi la nouvelle de cet étrange événement s’était propagée au loin : aussi dès le mercredi on voyait venir de tous les coins de l’horizon des flots de pèlerins. le lendemain matin dès l’aurore la grotte était envahie par des flots de curieux. on évalue à six mille les étrangers qui étaient accourus pour voir cette enfant. elle paraît vers huit heures. les mêmes incidents se produisent ; et après l’extase comme elle traversait la foule elle s’avance vers une fille de barèges presque aveugle, elle l’embrasse sans la connaître. cette fille de barèges avait été menée par la main à la grotte, elle s’en revient seule à Lourdes, où elle promène seule au milieu du marché. le bruit de ce miracle se répand dans la ville avec la rapidité de l’étincelle électrique. tous les étrangers se portent en foule vers la demeure de la jeune thaumaturge : on veut la voir, toucher ses vêtements, lui faire toucher des chapelets, des médailles mille objets. le père de la fille de barèges vient chez moi sur ces entrefaites. avec l’accent de la conviction la plus profonde, les larmes aux yeux, en présence de plusieurs témoins, il m’affirme sur la foi du serment que sa fille a recouvré la vue miraculeusement. le lendemain on a voulu constater ces faits. au moment où je t’écris on me dit que cet homme de barèges est ici, les uns disent qu’il est mandé par le procureur impérial, les autres qu’il est venu en action de grâce pour la guérison de son enfant. lui-même l’aurait dit. s’il n’y a pas un fait miraculeux c’est un dédale d’où l’on ne peut pas sortir. je m’arrête là. quand tu viendras je te donnerai toutes les circonstances qui se sont passées, en attendant je t’écrirai la solution qui interviendra.

Je t’embrasse             Peyramale.

[8] Emmanuel Quidarré, L’église du Sacré-Cœur de Lourdes, Paroisse de Lourdes, Lourdes-2003, p. 7.

[9] René Laurentin, grand spécialiste des apparitions mariales en général et de celle de Lourdes en particulier, ne comptabilise que six apparitions au cours desquelles la vierge se serait exprimée. Et il propose cinq apparitions où elle aurait demandé la construction d’une chapelle : les 2, 3, 4, 25 mars et 7 avril 1858. Mais il ne considère pas les apparitions des 3, 4 mars et 7 avril comme des apparitions où la vierge aurait parlé.

René Laurentin, Lourdes. Histoire authentique. 3. La quinzaine des apparitions. Œuvre de la Grotte. Lourdes-1962, p. 240.

[10] Marie-Dominique Peyramale, Lettre circulaire aux curés de France, Lourdes-1875, in A. Peyramale, Lourdes, son histoire, sa grotte, Bernadette, le Curé Peyramale et son église, Imprimerie de Vaugirard, Paris-1898, p. 189-190.

[11] H. Bourgeois, La nouvelle église paroissiale de Lourdes (Hautes-Pyrénées). Sa légende et son histoire, Chartres-1888, p. 38.

[12] A. Peyramale, Lettres politiques rimées à l’empereur de Russie, au prince de Bismarck et à l’empereur Guillaume II, Imprimerie de Vaugirard, Paris-1898. Cet ouvrage reprenait les Lettres politiques rimées au prince de Bismarck et à l’empereur Guillaume II qui avaient déjà fait l’objet d’une publication confidentielle à Bordeaux en 1893.

[13] A. Peyramale, Lourdes, son histoire, sa grotte. Bernadette, le curé Peyramale et son église, Imprimerie de Vaugirard, Paris-1898.

 

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