Billet d’humeur.

La Société Scientifique d’Arcachon : une société savante très heureuse…

De 1945 à 1958, la Société Scientifique d’Arcachon était présidée par le Docteur Georges Fleury qui, à ce titre, rédigeait chaque année le traditionnel compte-rendu administratif. Toujours intéressants, parfois à caractère historique et alors très documentés, leur lecture laisse souvent deviner le plaisir que leur auteur prenait à leur rédaction. Au point de croire qu’il n’aurait accepté cette responsabilité présidentielle que pour pouvoir sacrifier à cette coutume.

En voici un exemple :

Mesdames, Messieurs et Chers Collègues,

Vous avez sans doute constaté que je ne sais pas écrire brièvement, et chaque année vous écoutez bon gré mal gré un compte rendu administratif abondant et débordant qui peut paraître à plusieurs d’entre vous interminable. Aujourd’hui il est un peu moins long que d’habitude sans être, pour autant concis. Le style dense et serré m’est, hélas, étranger.
Pourtant, j’ai bien connu le plus concis de nos grands écrivains. Et ceci m’amène à l’anecdote, parfaitement inutile, mais qui mettra fin à mon propos sur une petite note personnelle.
En ce temps-là, j’étais au lycée de Nevers élève de la classe de philosophie. Un jour je soumis à mon compatriote Jules Renard ma dissertation. Elle avait pour sujet : « Qu’est-ce qu’être heureux ? » Jules Renard lut mes huit pages de copie. « C’est bien, dit-il, mais c’est long. C’est une question à traiter en trois lignes. Je te donnerai mon texte ce soir ». Et il ajouta : « Deux fois tu t’es servi du mot idéal. Défie-toi des grands mots. Ce sont les plus vides ». Le soir Jules Renard me dit : « Trois lignes… c’est long. J’ai condensé ». Et il me tendit son papier. Je lus : « Etre heureux, c’est être envié ».
La Société Scientifique d’Arcachon, mes chers collègues, est présentement heureuse.

Georges Fleury, Comptes-Rendus Administratifs pour l’année 1955, Bulletin n° 8 de la nouvelle série, Arcachon-1956, p. 19-20.

Si la Société Scientifique d’Arcachon était heureuse en 1956, elle est aujourd’hui très heureuse…

Extrait du Bulletin de la Société scientifique d’Arcachon.
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LES
RESSOURCES DE LA STATION ZOOLOGIQUE D’ARCACHON(1)

PAR

Le Dr F. LALESQUE,

Président de la Société scientifique d’Arcachon.

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Fondée en 1863 par le fait de l’initiative privée, la Société scientifique et Station zoologique d’Arcachon (Pl. I) a eu pour but de faciliter l’étude des sciences naturelles (anatomie comparée, zoologie pure, physiologie, histologie, botanique, etc.), en même temps que celle de l’océanographie et de l’aquiculture marine.
Elle a d’ailleurs été le point de départ de créations similaires ayant acquis aujourd’hui une grande célébrité. Paul Bert, qui avait aidé à sa création, écrivait, en 1867, que la Station zoologique d’Arcachon était le premier établissement scientifique de cet ordre. «  Ainsi, disait-il, est ouvert aux savants un établissement scientifique qui n’a son analogue nulle part en Europe ; un établissement d’utilité publique de l’ordre de ceux dont, dans d’autres branches, la création incombe à l’État. »
Ainsi, longtemps avant la création des célèbres Stations zoologiques, si largement dotées par l’État, des côtes de France ou de l’étranger, une petite Société locale de province mettait gratuitement à la disposition de la science de puissants moyens d’investigations et donnait, malgré la modicité de ses ressources, des sujets d’étude, de premier ordre, aux naturalistes. Si la Station zoologique d’Arcachon a connu des jours difficiles, elle est aujourd’hui en plein essor. Si elle n’a pas eu la fortune rapide des Stations si richement pourvues dont nous parlions en commençant, elle représente encore la seule Station scientifique privée ayant trente-sept ans d’existence, et qui, mieux est, possède aujourd’hui une installation et des ressources qui, plus largement utilisées, lui permettraient de tenir un rang des plus honorables.

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Dans ses « Notes sur l’Histoire de la Société Scientifique d’Arcachon » qu’André Rebsomen avait publiées en 1946 dans un des bulletins de cette Société, notes que vous trouverez par ailleurs sur ce site, il écrit :
« Tels furent, en somme, les résultats importants de cette fameuse exposition de 1866, dont les échos se prolongèrent aussi bien à l’étranger qu’en France, ainsi qu’en témoigne, par exemple, un important compte-rendu de 450 pages, imprimé à Madrid, avec plans gravés, auquel était joint la relation du Congrès de pêche qui, quelques semaines après le nôtre, se tint à Boulogne, notre premier port de pêche. »

Bien sûr, nous sommes allés donner un coup d’œil dans cet important compte rendu. D’abord, ses rédacteurs ne sont pas n’importe qui. Il y a Mariano de la Paz Graells. Il était le directeur du Musée d’Histoire Naturelle et du Parc Zoologique de Madrid. Il avait déjà publié plusieurs ouvrages spécialisés comme : Manual práctico de piscicultura, ou : Reglamento para el régimen de la ostricultura en España.

Il avait été désigné par son ministère de tutelle comme Commissaire Général représentant l’Espagne pour l’exposition d’Arcachon et de la Commission permanente de la pêche. C’est un grand bonhomme qui vient encore de faire l’objet, au mois de septembre dernier à Madrid d’une conférence intitulée : « Le naturaliste dans son siècle : hommage à Mariano de la Paz Graells pour le centenaire de sa naissance. » alors qu’au même moment le Musée National des Sciences Naturelles de Madrid lui consacrait une exposition. Il est en quelque sorte l’alter ego d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire qui avait fondé à Paris en 1854 la Société zoologique d’acclimatation et dont Mariano de la Paz Graells avait été nommé délégué dès l’année suivante.

Il était secondé de Cesáreo Fernandez, lieutenant de vaisseau, commandant d’infanterie, secrétaire de la commission dirigée par Mariano de la Paz Graells. De la même façon, on lui devait : Estudio sobre la pesca con el arte denominado Parejas del Bou et encore : Memoria sobre la Exposicion internacional de artes y productos de pesca, celebrada en Bergen en Agosto de 1865.

Ce compte rendu était destiné au Ministre espagnol de la Marine. Le chapitre 4, que l’on trouvera ci-dessous présente les différents aquariums que l’on pouvait alors comparer à celui, tout nouveau, d’Arcachon. Il y est question de l’aquarium de Regent’s Park de Londres, de celui que la Société zoologique d’acclimatation avait fait construire en 1861 dans le Bois de Boulogne, de celui, donc, d’Arcachon aux dimensions plus importantes, de celui de Bologne, de celui du boulevard Montmartre à Paris, et enfin de celui de Concarneau.

Le texte est en espagnol et nous nous en excusons, mais comme nous avons décidé de donner un caractère international à notre croisade de défense de notre Musée-Aquarium, il est normal que nous nous tournons vers nos voisins d’outre Pyrénées.

L'exposition de 1866

L'exposition de 1866

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